Blogue de la rédac

En faisons-nous trop pour nos enfants ?

Il n’y a rien de trop beau pour nos chers rejetons… Vraiment? Et si on les laissait tranquilles deux minutes. Stop à la course à la performance qu’on leur impose.

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Bien sûr, ils sont mignons. Et combien talentueux, créatifs et brillants. Alors quoi de plus normal que d’espérer le meilleur pour nos (charmants aussi!) rejetons?

Cela m’épuise.

J’ai des enfants. Je pense de bien belles choses à leur sujet. Mais j’essaie de ne pas en faire trop, de ne pas leur mettre de pression sur les épaules. Est-ce que j’y arrive ? Pas toujours.

Quand Laissez les enfants tranquilles! est arrivé sur mon bureau, il y a quelques jours, j’ai tout de suite voulu m’y (re)plonger. (À noter, c’est la version poche du Manifeste pour une enfance heureuse paru en 2008.) Carl Honoré, qui vit à Londres avec femme et enfants, s’est lancé dans une enquête aux quatre coins du monde après la publication de son best-seller Éloge de la lenteur. « Comme beaucoup de parents, je veux que mes enfants soient heureux, en bonne santé et qu’ils réussissent. Mais je veux aussi que leur éducation s’apparente un peu moins à Mission impossible », écrit-il. Voilà à quelle enseigne je loge, me suis-je dit.

Mais les rendre heureux, comment au juste? Faire en sorte qu’il ne manque de rien. Pas tout à fait − non au iPhone à 10 ans. Et comment les aider à réussir ? En s’assoyant avec eux tous les soirs pour faire leurs devoirs (à leur place)? Ou en les laissant apprendre de leurs erreurs? Derrière ces concepts vertueux se cachent parfois de joyeux dérapages.

Les parents du 21e siècle en font trop. On les surnomme à raison hyperparents ou parents-hélicoptères (très «attentifs», ils survolent sans cesse leurs enfants). Et ce sont leurs bambins qui écopent.

Le constat que dresse Carl Honoré effraie : un jeune sur cinq souffre de troubles psychologiques selon les Nations unies. On parle de dépression, d’automutilation, de fatigue chronique, de troubles alimentaires… 

Sommes-nous en train de fragiliser les êtres que nous aimons le plus au monde en les voulant plus-que-parfait? En ajoutant sans cesse à leur horaire déjà surchargé cours de danse ou de violon à l’autre bout de la ville, ateliers intensifs de soccer ou de mandarin (l’avenir, c’est la Chine, non?) et sessions de perfectionnement pour entrer-dans-l’école-qui-se-classe-en-tête-des-examens-du-ministère. Au secours !

« Élevés selon des critères de réussite qui ne sont pas les leurs, avec une interdiction absolue de l’échec, ces enfants peuvent aussi voir leur horizon se rétrécir. À une époque où la mondialisation exige de l’audace, nous apprenons à nos enfants à ne prendre aucun risque et à suivre une voie tracée par d’autres qu’eux », poursuit-il.

À cette course à la performance, il n’y a que des perdants. La curiosité naturelle s’émousse : l’imagination et la capacité de résoudre des problèmes ne peuvent se déployer. L’auteur rapporte les paroles d’un prof du réputé King’s College de Londres : «Les enfants ont des connaissances, mais ne savent pas réfléchir.»

« Dans les années à venir, les gagnants ne seront pas ceux qui connaîtront toutes les réponses par cœur, mais ceux qui sauront faire preuve de créativité, les esprits vifs et novateurs qui seront capables de penser transversalement, au-delà des matières, de creuser un problème sans nécessairement viser un résultat et de prendre plaisir aux défis du savoir, tout au long de leur vie, écrit Carl Honoré. Ce sont de tels individus qui inventeront le prochain Google, découvriront une alternative au pétrole ou élaboreront un plan pour sauver l’Afrique de la famine. »

Le journaliste et essayiste cite en exemple la Finlande dont le système d’éducation ne se base pas sur la compétition. Peu de devoirs et pas de notes avant la 13e année! Et les petits Finlandais n’entrent à l’école qu’à 7 ans. Avant, c’est la maison ou la garderie où ils s’amusent. Et pourtant, ce pays de 5 millions d’habitants arrive en tête du Programme international de suivi des acquis des élèves de l’OCDE. Souvent aux deux premières places en mathématiques, lettres et sciences. Et il a le plus haut taux de diplômés universitaires au monde… Pourquoi ça marche? Parce que les besoins de l’enfant passent avant les désirs des parents et des bureaucrates, d’après Domisch Rainer, expert allemand en pédagogie qui a passé 30 ans en Finlande. « Là-bas, on ne considère pas les enfants comme des seaux que l’on doit remplir de cinq, dix, quinze leçons par semaine, puis que l’on mesure examen après examen. Vous ne pouvez pas forcer un gamin à grandir plus vite pour qu’il se conforme à votre système, à votre calendrier ou à votre ego. Vous devez découvrir comment il apprend le mieux. Beaucoup de pays ont oublié cela », précise-t-il dans un entretien avec l’auteur.

Qu’importe le chemin qu’emprunteront nos enfants… Ayons confiance en eux. Comme le dit si bien Carl Honoré, « nous devons les chérir pour ce qu’ils sont plutôt que pour ce que nous voudrions qu’ils soient. »

Laissez les enfants tranquilles!, par Carl Honoré, Marabout, format poche, 10,95$,  (d’abord paru en 2008 sous le titre Manifeste pour une enfance heureuse).