Blogue de la rédac

Commission Charbonneau

Les femmes sont-elles plus honnêtes ?

 

Image : Istockphoto

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Je ne sais pas vous, mais moi, ça me saute aux yeux. Tous les témoins qui défilent devant la Commission Charbonneau sont des hommes. Où sont les femmes ? Sont-elles plus honnêtes ? J’ai posé la question à Danielle Pilette, professeur titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQÀM, experte en fiscalité municipale.

Châtelaine : « Monsieur TPS », « Monsieur 3 % », le « boss »… Il n’y a donc pas de Madame parmi les inculpés ?

Danielle Pilette : La question n’est pas là. Encore aujourd’hui, les femmes sont quasi absentes des cercles du pouvoir. Surtout dans l’industrie de la construction, sur la scène municipale et au ministère des Transports. En génie, les étudiantes sont une minorité. À l’Ordre des ingénieurs, seuls 10% des membres sont des femmes. Plusieurs siègent au conseil d’administration de l’Ordre, mais très peu sont associées dans les bureaux de génie. Les associés principaux des firmes de consultants, de construction, de communication et autres services aux entreprises sont des hommes. Des hommes aux valeurs masculines traditionnelles.

Le fameux Boy’s Club…

Oui. Ils se tiennent ensemble – hockey, golf, voyages… C’est un mode de vie, une société secrète imperméable aux femmes, où l’argent circule à flot. Même chose en politique municipale. Les femmes sont sous-représentées. Dans les municipalités, les postes de directeurs de l’ingénierie sont très rarement occupés par des femmes.

Pourquoi ?

Parce que le milieu est très dur. Il y a beaucoup d’intimidation. Celles qui tentent leur chance, par exemple dans l’inspection, ne restent pas. Elles prennent des rôles-conseils, mais la structure décisionnelle demeure fortement masculine.

Et si les femmes étaient plus nombreuses au pouvoir, s’en sortiraient-elles mieux ?

Sans doute. Comme elles sont minoritaires, elles se savent très observées. Elles ont conscience de la valeur exemplaire de leur parcours et veulent bien faire. Les femmes n’ont pas encore acquis énormément d’assurance dans le cycle de la carrière, elles sont toujours sur le qui-vive.

Y a-t-il espoir que ça change dans le milieu de la construction ?

Ça n’a pas changé depuis 35 ans ! Ce qu’a dit Bernard Trépanier (« Monsieur 3 % ») devant la Commission, je l’ai entendu mot pour mot d’anciens directeurs des permis et inspections. Ils étaient de mèche avec les promoteurs. Par contre, à cette époque, les firmes de génie ne participaient pas à la corruption. Avec l’arrivée de cadres supérieurs au développement des affaires (des non ingénieurs), les firmes ont perdu leur âme. Le problème, c’est l’argent. Les gros contrats publics attirent les requins. Souvenons-nous de la corruption lors de la construction du Stade olympique. Les partis politiques se nourrissent de cet argent qui, en partie, leur revient. Le système fonctionne avec une petite armée, affectée d’abord à tripoter dans les contrats, puis réaffectée aux élections.

Qu’est-ce qui pourrait assainir les mœurs ?

Le fait que toutes les élections municipales se déroulent maintenant en même temps. Traditionnellement, comme elles avaient lieu à des moments différents, les organisateurs d’élections passaient d’une municipalité à l’autre. Huit mois par année, ils travaillaient sur les contrats de construction, et le reste du temps, sur des élections municipales. Alors que là, le système roule moins bien. Il y a aussi la Loi sur le lobbyisme déjà en place. Mais son application doit être plus sévère pour responsabiliser les élus : s’ils acceptent de rencontrer un représentant sans avoir vérifié d’abord son inscription au registre des lobbyistes, ils courent le risque d’être accusés au pénal.