Blogue de la rédac

Roman : Charlotte before Christ

Alexandre Soublière signe un premier roman chez Boréal. Il prend un risque en présentant un livre coup de poing et/ou casse-gueule. À lire.

Alexandre Soublière | Photo : Mathieu Fortin

Éditions Boréal | Illustration : Pier-Yves Larouche

J’ai lu son livre d’un trait. Sans pause. J’ai été complètement absorbé par l’histoire, le langage et le ton de l’œuvre. On suit Sacha, fils de riche issu d’une famille qui fait du sens, et qui souffre à temps partiel de la maladie de Still. Il s’amourache de Charlotte, fille éparpillée, à la recherche de sensations fortes,  et qui étudie la danse. Ensemble, ils vivent les hauts et les bas d’une relation intense, brouillée par les sentiments, les drogues douces, parfois dures, mais surtout, se crée un univers où ils luttent de façon malsaine contre une vie plate et routinière. Pour ces deux jeunes blasés de nature, être vivant c’est bouger, faire des vagues. Ils cherchent à ressembler à Pete Doherty et Kate Moss. Au présent, ils protestent contre rien de particulier. Dans le futur, ils s’imaginent  à New York, dans un loft, dans une vie qui au fond, est tout aussi clichée que celle d’une famille de banlieue.

Juste avant de lire ce roman, j’ai dévoré The Beautiful and Damned de F. Scott Fitzgerald. Deux époques totalement différentes. Une histoire prend racine à l’époque du Jazz à New York, et l’autre à Montréal, maintenant. Pourtant, des ressemblances. Dans le livre de Fitzgerald, on parle d’un couple qui se forme entre Gloria, jeune femme d’une famille respectable, blonde, une beauté hors du commun, et Anthony, un jeune homme de bonne éducation, petit-fils d’Adam Patch, un riche entrepreneur qui se fait vieux. Ensemble, ils butinent de fête en fête, de cocktails en cocktails, se disant que bientôt, ils seront riches, qu’ils s’envoleront vers l’Italie et qu’ils seront heureux. Pas besoin de travailler, de cultiver des projets, ce n’est qu’une question de temps avant le moment où le bon vieux Patch meurt et leur lègue un héritage bien fourni. Effluves d’alcool, chicanes de ménage, les jours s’envolent et se ressemblent. Chez Soublière, c’est une version trash et actuelle. Au contraire de Fitzgerald, on perce l’intimité et la vie sexuelle des personnages. Mais au final, le sentiment, les thèmes et parfois, les valeurs de Gloria et Anthony font écho à celles de Sacha et Charlotte. Comme si le fait d’être jeune et sans repères est commun et non une particularité générationnelle.  C’est un pan d’émotions semblables qui en ressort : le sentiment de spleen et d’ennui. Il en transpire un sentiment assez sombre, que les personnages, qui pourtant ont tout, se sentent désabusés et blasés. Bref, sans défis réels.

Nathalie Petrowski en parlait samedi dernier dans la Presse. Dans sa chronique, elle ajoute que : «Reste que pour certains prophètes de bonheur et adeptes enthousiastes du jeunisme, Alexandre Soublière n’est rien de moins que le Michel Tremblay de sa génération pour son dynamitage de la langue québécoise. ».  Les deux tirent sur la langue, à des époques différentes, l’un avec un combat clair, l’autre, sans but politique ni social, ni précis ni défini. L’auteur de Charlotte before Christ fait parler ses personnages dans un franglais bien Montréalais, où «fuck» résume tout autant la frustration, que la joie intense. Me situant en plein dans cette génération bilingue qui parle le bleu et le rouge (j’ai 24 ans), je m’associe sans peine aux personnages, qui converse comme moi, comme mes amis, et qui sans prendre de camps politiques (loi 101, anti-anglais, colonisé, etc .) utilisons les langues, ensemble. Est-ce mal? Est-ce bien? Va savoir, le roman n’apporte pas de réponse, ce n’est pas son but.