C'est dans le Web

À la défense de l'Internet libre

Mine de rien, je ne passe pas tout mon temps à étudier les moeurs étranges de la faune masculine ou à regarder des vidéos insolites. Je vous retrouve à la récréation et le reste du temps, je travaille « dans les Internets ».

Je suis un prototype de la première génération des araignées de la toile. Celle qui s’est enrôlée sans plan de carrière, celle qui avait l’impression de changer le monde, celle qui dormait au bureau. On a surfé sur toutes les utopies, on a parfois été licencié, puis bombardé d’appels de chasseurs de tête l’année suivante. J’ai été surfeuse web, productrice, spécialiste SEO, éditrice en chef, chef de produits et… chômeuse!  À chaque creux de vague, on s’est efforcé d’apprendre, de se réinventer. Et demain? La quête nous passionne : « The next big thing »! Demain, est notre fantasme ultime.

On est parfois trop occupé à produire la tête baissée, on manque de perspective. J’ai eu mes crises d’écoeurantite plus ou moins aiguës : envie d’aller vendre de la crème glacée sur une plage, grosse fatigue de refaire les mêmes batailles en 2011 qu’en 2001. Notre bébé a grandi technologiquement mais accuse un retard social. Notre grand ado un peu insouciant, a besoin de protection, pour rester libre, sans faire de trop grosses bêtises.

La semaine dernière, face à l’adversité, j’ai retrouvé mon nouveau souffle de combattante. Le président Nicolas Sarkozy a invité de grosses pointures du web, dont Mark Zuckerberg de Facebook, Eric Schmidt de Google et Rupert Murdoch de News Corporation, à un sommet Internet, en marge du G8 de Deauville.

Devant le spectre d’une nouvelle ingérence des pouvoirs publics sur Internet, les penseurs et les défenseurs de l’Internet libre ont réagi.

Un de mes favoris, le journaliste Jeff Jarvis, a conseillé à Nicolas Sarkozy : « First, do no harm. (Avant tout, ne pas nuir.) », inspiré du serment d’Hippocrate.

J’ai découvert en même temps, Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard, qui a ouvert la plénière 5 sur l’innovation en rappelant que les grandes inventions du Web ont été réalisées par des « outsiders », des gens en marge du système établi.

« The future of internet is not here, it was not invited. (L’avenir d’Internet n’est pas ici, il n’a pas été invité.) »

Puis, à la fin de la semaine, des représentants de la société civile ont organisé une conférence de presse pour présenter leurs positions. On y retrouvait Jarvis et Lessig, mais aussi Jérémie Zimmermann, Susan Crawford, Yochai Benkler et Jean-François Julliard. Ce dernier, secrétaire général de Reporter sans frontières, a notamment rappelé qu’un utilisateur sur trois dans le monde n’a pas accès à un Internet libre. Une conférence improvisée, mains néanmoins inspirante.

Paris a été le berceau de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, je ne suis pas futurologue, mais je me permet de rêver à une protection universelle et égalitaire d’un Internet libre.

Et pour bien conclure la semaine, j’ai participé au MédiaCamp, ce week-end, à Montréal. Participer est le bon mot dans ces anti-conférences où les questions et les interventions du public sont primordiales. Merci aux organisateurs de nous offrir ce lieu  d’échange. Une conférence libre et inspirante!

Sans ces moments de réflexions, on ressemble vite à des robots performants en quête de mission. Je suis de la première génération de produits web. Et ben oui, on a fait quelques conneries en cours de route! Et demain?