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À la recherche de Ken

À la suite de mon billet sur les règles du dating américain, je me devais de vous faire un rapport d’expériences de terrain. Ce sont des vieilles histoires, mais elles demeurent universellement américaines!

San Francisco, Californie : plus grande concentration mondiale d’hommes riches, sportifs et diplômés d’études supérieures. Ils vous dépassent à toute vitesse en voiture sport ou sur leur vélo de compétition. Leur type de femme est blonde et mince. Elle déambule dans la Marina en pantalon de yoga, café latte à la main, perles aux oreilles. À eux deux, ils forment le couple parfait de Ken et Barbie.

Dans une tentative avouée  d’oublier un gars en cherchant l’attention d’un millier d’autres, je me suis inscrite à un réseau de rencontre en ligne. Nouvelle ville, nouvelles têtes, étude sociologique hautement subjective.

Premier constat : les Américains ont le sens du marketing. Ils emballent tellement la marchandise qu’il faut sortir une tronçonneuse pour couper dans le plastique.  Ils ne respectent pas davantage les lois de publicité mensongère sur les réseaux de rencontre. Ceci dit, ce constat est universel : je suis apparemment la seule idiote qui dit la vérité en ligne!

Deuxième constat : les Françaises ont la cote. Un grand nombre d’Américains nourrissent un fétiche pour l’accent, l’élégance et la cuisine française. S’ils ne connaissent pas la différence entre une Française et une Québécoise, ils se rendent vite compte qu’on sait prononcer « The » plutôt que « Ze». Épatant!

Troisième constat: la masse critique peut créer un déluge hors de contrôle. Il faut pratiquement engager une secrétaire pour trier les messages au cours des premières semaines. Bien entendu, mieux vaut profiter de ce petit baume pour l’égo. Quand l’homme de vos rêves vous dit non, une séance d’étourdissement d’admirateurs coûte moins cher qu’une thérapie. Mea Culpa!

J’ai tenu un bon deux mois, ce qui constitue un record dans mes expériences de rencontre en ligne. Très sensible à l’humour intelligent,  j’ai pris un grand plaisir à correspondre avec un Woody Allen derrière lequel se cachait un analyste financier mexicain, plutôt froid. En personne, la chimie ne passait pas du tout, on s’entendait définitivement mieux par écrit.

J’ai ensuite eu quelques échanges avec un Ken à la gueule carrée, qui ressemblait à un soldat romain. Il s’est pointé au bar avec une petite voix, gesticulant sans arrêt et s’extasiant devant tout ce que je disais. Un potentiel de bête, émasculée.

J’ai aussi contacté quelques pièces de collection qui ne daignaient pas me répondre. Il est vrai que je n’étais pas une Barbie de la Marina mais une rousse habitant dans un quartier « grano poteux ». L’un d’eux m’a répondu que nos profils ne correspondaient pas. « C’est étrange parce que le système nous accordait une note presque parfaite de compatibilité, c’est la machine qui a parlé. »

À San Francisco comme à Montréal, je suis tout aussi nulle en drague en ligne. Je perds un temps fou sur les mauvais numéros, en zappant probablement un message d’un gars intéressant qui n’avait pas de photo. Rien de mieux que les rencontres en chair et en muscles.