C'est dans le Web

Ces enfants d'ailleurs

J’ai été adoptée à la naissance, née en territoire ontarien, rescapée de l’autre côté de la rivière. On dit souvent que les enfants adoptés sont encore plus gâtés, j’avoue que j’ai été très bien couvée.

J’ai la mi-trentaine, je n’ai toujours pas d’enfants. Si je m’attarde un peu trop aux statistiques sur les problèmes de fertilité, mon horloge biologique risque de se détraquer.

À tous ceux qui me demandent : « Tu ne voulais pas d’enfants? », j’ai parfois envie de répondre : « Oups! J’ai pris un peu en retard…Je vais mettre des œufs au congélateur dès ce soir! »

Maintenant que le gouvernement rembourse les frais de procréation assistée, la liste d’attente est-elle aussi longue que celles des places en garderie? Certaines décident d’avoir un enfant seules. J’admire leur courage. Nul sait si je compterai parmi les statistiques des vieilles mamans, mais je sais que je veux profiter de la vie de jeunes amoureux avant l’arrivée d’un bébé.

Je sais surtout qu’il y a trop d’orphelins sur notre planète, beaucoup trop. Je peux concevoir le bonheur d’enfanter et la douleur d’en être privé. Mais pour s’en consoler, il faut voir la joie et la fierté dans les yeux de ma mère qui a adopté les deux plus beaux bébés du monde : mon frère et moi.

Je rêve parfois à un adorable petit monstre qui ressemble à un papa heureux et consentant. Un enfant qui ressemble à celui qu’on aime, quel beau rêve! Mais je pense aussi de plus en plus à ces enfants d’ailleurs. Je me demande surtout pourquoi l’adoption internationale n’est pas une priorité dans notre monde surpeuplé.

On retrouve quelques compteurs de la population mondiale sur le Web,  j’aime regarder ce chiffre monstrueux grossir à chaque minute :

6 927 725 023 humains sur terre : 23 février, 9h20 min, 29 secondes
Si j’accouche d’un enfant un jour, il ne faudra pas oublier de regarder ce compteur à la seconde pour célébrer le +1. À ma mort, ma soustraction sera automatiquement annulée par le nombre supérieur d’additions.

6 927 725 023 humains sur terre : 9h21, 31 secondes
Le processus d’adoption de petits haïtiens est gelé depuis un an. (On vous suggère de parrainer un enfant en attendant. À lire La cigogne est en grève, de Sophie-Hélène Lebeuf)

6 927 725 023 humains sur terre, 9h22 et 31 secondes
Nous fonçons tout droit vers une crise alimentaire majeure et on n’a jamais autant parlé de bouffe, ad nauseam. Il serait urgent d’apprendre à cuisiner local et de saison sur toutes les chaînes et dans toutes les librairies.

N’allez surtout pas penser que ce billet porte un embryon de critique envers la procréation assistée. Je suis, au contraire, fascinée par les miracles de la science dans ce domaine. Avouons tout de même que notre paradoxe démographique est tout aussi fascinant…

Pour la petite histoire, j’ai appris que je venais du ventre d’une autre maman à l’âge de 5 ans. Dans ma petite tête, j’étais soudainement une enfant d’ailleurs, fabriquée par des « bios » canadiens anglais. Je les ai rencontré  à 21 ans. Un jour, je vous raconterai, si vous êtes gentils.

Je vous laisse sur les paroles de Jacques Dutronc :  700 millions de Chinois et moi et moi et moi!