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Dernier appel pour le vol 517

Quand je me prends de grosses baffes, quand j’ai du mal à voir clair, quand j’ai le cœur à l’envers, j’aime bien aller noyer tout ça dans la mer.

Comme la majorité des Québécois, j’aime aller m’échouer sur une plage et noyer ma fatigue dans la margarita. 
Je suis partie au Panama le 26 novembre dernier, par une nuit givrée. À quatre heures du matin, à peine éveillée, je poussais ma grosse valise  en haut des marches du deuxième étage. Allez hop! Cascade! Dans moins de temps qu’il ne le faut pour dire Tabar…, je me suis retrouvée sur le dos sans « crazy carpet ».

Dans les bandes dessinées, la valise atterrit généralement sur le bonhomme entouré de petits oiseaux. Je vous confirme que la valise arrive en bas en premier et il n’y a pas de « pit pit » pour vous accueillir. Par contre, j’ai déjà vu la bande annonce de ma vie la première fois que j’ai failli mourir. (je suis déjà à ma troisième vie, je suis nulle aux jeux vidéo) Assise au bas des marches, je vérifie que j’ai tous les morceaux, je me relève, je patine jusqu’à la sculpture de glace qui ressemble à ma voiture.  « Ma vitre est un jardin de givres » Ouais ben, ça parait que Nelligan n’avait pas à gratter une voiture pour attraper un vol au petit matin.

Sur la patinoire, cette nuit là, les plus téméraires roulaient à 40 km heure en priant à chaque virage. J’arrive chez le chum de ma mère, je sonne, je sonne, je resonne. Elle me répond…en robe de chambre! Le réveil n’avait pas sonné.

Ah! Mais jusqu’ici, tout va bien! Il me faudrait une app d’iPhone pour calculer les probabilités d’attraper un avion en tenant compte du facteur météo, du trafic sur la 40, de la longueur des files au comptoir, aux douanes et au Starbuck. Il faudrait aussi ajouter la variable « ma mère a mis un chandail avec du métal et trois gros contenants de liquides dans son sac de cabine! »

Croyez-le ou non, nous avons réussi à attraper notre avion, miraculeusement à l’heure. J’ai posé mes fesses en bouillie à la rangée 32. Bingo! Nous avons décroché le chiffre chanceux! La rangée 32 est celle où les sièges ne s’inclinent pas, aux premières loges des effluves de toilettes et des bedaines qui attendent pour pisser. En comptant l’arrêt à Cancun en direction du Panama, nous avons passé dix heures dans l’avion, puis deux heures et demi dans un bus. Si l’on calcule à partir de mon plongeon dans l’escalier,  il aura fallu seize heures pour se rendre à Playa Blanca, Panama, Amérique centrale, sur le même continent!  Je ne savais plus sur quelle fesse danser, les deux étant couvertes de bleus, mauve, presque noir. Ouach! Disons que je me suis déjà sentie plus sexy en bikini…

Dans l’autobus vers l’hôtel, j’allais probablement me plaindre de mes fesses quand une véritable poubelle à ciel ouvert, m’est rentrée dedans. Au détour d’une entrée d’autoroute, nous avions une vue imprenable sur sur bidonville de Panama city.

– Ma mère : Tu disais quelque chose?
– Moi : Euh, non rien! On va revenir prendre l’apéro dans ce quartier, hein maman?

Un peu plus loin, le guide nous fait remarquer que le quartier El Chorrillo fut en grande partie incendié lors de l’opération « Just Cause » de décembre 1989. Il s’agit là d’une autre page honteuse de l’histoire américaine. Wikileaks n’existait pas encore. L’armée américaine a testé de nouvelles armes lors de ce raid et nous ignorons encore le nombre de victimes, vraisemblablement entre 1000 et 4000. (à ce sujet, voir le documentaire : The Panama déception)

Et pendant ce temps, nos voisins se plaignent bruyamment du ciel ennuagé…

En arrivant à l’hôtel, je me suis ruée vers la plage, une margarita à la main.

« Salut Pacifique! Oui, c’est encore moi la très blanche nord-américaine. Je viens laver quelques bêtises dans tes vagues. Tu ne sais pas la dernière !? »

La suite du voyage la semaine prochaine, même heure, même poste. Photos exclusives de singes et de perroquets!