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La vie à sept

Suite à son billet sur sa séparation, Marie-Karina nous parle de sa nouvelle vie à sept et sa vision de la famille recomposée.

16 h – Je quitte le bureau en vitesse, direction la garderie. Il faut arriver avant 17 h 30, heure fatidique où p’tit minou sera toute seule avec son éducatrice-aux-gros-yeux-méchants-parce-que-je-suis-arrivée-en-retard, devant la porte. J’attrape le souper en passant et je vais chercher les grandes, à l’école. Pendant ce temps, nouvel amour de ma vie passe prendre ses deux grands, à l’école, et arrive à temps pour préparer le souper avec moi.

17 h 45 – Je jongle avec la salade, mouche un nez qui coule, brûle presque la viande sur le BBQ, hurle aux grands de mettre la table (n’importe lequel des grands) et embrasse nouvel amour de ma vie, qui vient d’ouvrir une bière pour moi.

18 h – On est à table, tous les sept ; on rit, on se raconte notre journée, on se joue des tours et on ramasse l’assiette de riz tombée par terre. On termine le repas et on sort pour jouer et aller promener le chien.

19 h – Retour au bercail pour la course aux dodos. Nouvel amour de ma vie fait couler le bain pendant que je cours après p’tit minou « qui n’est pas sale et qui ne veut pas », les grandes dansent sur la musique de l’ordi au lieu de se laver et Grand Penseur, neuf ans, est plongé dans son livre et ne nous entend pas encore.

19 h 30 – Les grands sont tous lavés, même Grand Penseur, qui a finalement levé le nez de son bouquin. P’tit minou a les doigts tout ratatinés. Pendant que je tente de la faire sortir, parce que « pas fatiguée, veux pas faire dodo tousuite », nouvel amour de ma vie lit une histoire aux jumelles cosmiques (parce que ce ne sont pas des vraies).

20 h 30 – OK, tout le monde fait dodo. C’est maintenant le temps de ramasser : le linge par terre, la vaisselle qui traîne, les ordis ouverts, les lettres ramassées rapidement, les sacs d’école, les souliers et tralala!

22 h – On s’écroule au lit ; on se lavera demain!

5 h 30 – Quoi? Déjà?

Ah! l’espoir! Après l’échec, alors qu’on se rend compte que l’image de la famille parfaite ne fait plus partie des possibilités, on vit avec l’espoir de reconstruire. On est amoureux, on flotte, on se sent léger de plaire encore… Puis, on rêve de vivre ensemble, de nous réconcilier avec l’image du couple et de recomposer cette image brisée de la famille qui nous hante. Avec le sourire, on pense aux moments heureux qui viendront, lorsque chacun des petits bouts de famille sera réuni pour former un nouveau « tout ». Un seul « hic »? Manque le mode d’emploi.

Voyez-vous, on ne recompose pas une famille, on crée une nouvelle entité. En effet, la famille telle que nous l’avons connue n’existe plus. La page du livre que nous tentons d’écrire n’est pas vierge comme lorsqu’on a 20 ans et qu’on démarre notre cocon. Le livre est amorcé, rempli de ratures, et on doit maintenant composer avec deux préfaces différentes! La nouvelle famille qu’on tente de créer se bâtit sur des fondations existantes, qui doivent être jumelées avant qu’on puisse poursuivre la construction.

Beaucoup d’images, n’est-ce pas? Difficile à décrire autrement. Pour réussir ce projet ambitieux, il faut débuter par l’examen des deux fondations. Sont-elles compatibles? Y a-t-il trop de différences entre les deux? Les différences sont-elles conciliables? Aura-t-on la patience de « prendre son temps »? Que fait-on quand les enfants de l’un mangent du tofu, mais pas ceux de l’autre? On ne va tout de même pas faire deux menus! C’est un détail qui vous fait sourire? Et, pourtant, c’est un préambule parfait à un conflit important. Provenant de milieux différents, les enfants arrivent avec leur propre bagage et portent l’empreinte de leur vie d’avant. Et comme si ce n’était pas assez, il ne faut pas négliger l’importance et l’influence de l’ex-conjoint : même quand tout va bien, cette personne a un impact sur notre vie actuelle et sur la famille qu’on tente de construire.

Découragée? Pas « pantoute ». Ma vie est merveilleuse. Mes enfants et moi apprenons à vivre dans un contexte particulier et différent, mais tellement enrichissant. Je suis certaine qu’ils n’échangeraient en rien leur situation. Le domaine des 7 est un concept qu’ils ont créé, conscients de leur différence et de la force qui s’en dégage. Nouvel amour de ma vie et moi avons à cœur la solidité de notre nouvelle famille si rudement éprouvée. La communication est la clé de notre réussite, jumelée à la patience et à un grand sens de l’humour.