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Merci la vie!

Quand je me suis rendue compte qu’ils ont désactivé tous les bixis devant chez moi, j’étais déjà en retard.

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Quand je me suis rendue compte qu’ils ont désactivé tous les bixis devant chez moi, j’étais déjà en retard. Je suis remonté au troisième étage au pas de course, j’ai vu mon casque de vélo sur son crochet. J’ai hésité une fraction de seconde ; je n’avais pas envie de le traîner au spectacle, puis je l’ai enfilé en massacrant ma coiffure. Eh! Merde! »

J’arrivais de la côte Berri avec un bon élan, lorsqu’une cycliste a décidé de tourner à gauche, me bloquant complètement la voie. Impossible de l’éviter. Il parait que la collision des deux vélos a fait autant de bruit que deux voitures. Je n’ai rien entendu, ma tête a percutée le sol, sur la tempe, juste en dessous du casque.

En me relevant, j’ai demandé à un gars d’appeler une ambulance. L’autre fille saignait du nez. Entre deux pleurs, elle disait que c’était sa faute, qu’elle ne m’avait pas vu derrière l’autre vélo. Après quelques tentatives de tenir debout, je me suis résolue à me coucher sur le gazon en attendant l’ambulance.

Après un accident, tout me semble absurde et risible, je ris d’être en vie. Lors de ma première commotion cérébrale, je riais en voyant ma voiture à l’envers, mais les ambulanciers ontariens manquaient d’humour. Cette fois-ci, ils étaient particulièrement sympas. J’ai rit à en avoir mal aux côtes. Aie! Il faut que j’arrête de rire!

– « Ah non! Ne lui met pas le ruban adhésif sur le front! »?
– « Sauf si vous le placez au bon endroit pour m’épiler les sourcils en même temps! »

Arrivée à l’urgence. Légère nausée.
L’ambulancier à un infirmier : « Collision frontale de vélos. Les vélos sont pertes totales. »?L’infirmier : « Pas étonnant avec ces chaussures! »?Moi : « Hey ho! Les chaussures n’ont rien à voir là-dedans, c’est l’autre fille qui ne m’a pas vue. Et puis sachez que je peux faire du vélo avec des talons pas mal plus hauts sans me casser la gueule! »
Seule dans le corridor, la tête dans mon carcan, je fixe le plafond. Je me vois dans le miroir du plafond. Moi sur une civière comme si mon âme me regardait. Elle secoue la tête : « Bon, qu’est-ce que t’as fait comme bêtise encore? Je me détache tout de suite, ou je te laisse une autre vie? »

Les larmes commencent à couler. C’est l’étape qui vient toujours après « la fille drôle sur l’adrénaline». ?C’est à ce moment qu’un médecin aux cheveux blancs se penche sur moi et me dit : « Que vous êtes belle mademoiselle! »

Les larmes cessent immédiatement. Sourire. Ça fait longtemps qu’on ne m’a pas dit « T’es belle » sans être dans mon lit. C’est vrai que je suis dans un lit.
Et il en rajoute :?- « Ah mais vous êtes encore plus belle à la vertical. » « Montrez-moi ces yeux. Wow! »?- « Est-ce que quelqu’un doit me réveiller chaque deux heures? »?- « Ne me dites pas que vous dormez seule! Ah c’est dommage, je travaille ce soir. »

La dernière fois que je me suis cassée la gueule à vélo, il avait tout lâché au boulot et s’était précipité à l’hôpital. Puis, il était revenu le soir avec de la bouffe. Pas question de me laisser manger la bouffe d’hôpital. Est-ce que dans la nouvelle vie, je pourrais en rencontrer un autre comme ça?  Est-ce que dans la nouvelle vie, je peux cesser d’être au mauvais endroit, au mauvais moment dans la vie des gens?!

Mais si je me réveille demain, merci la vie. Merci quand même la vie. Ouais, je veux bien la reprendre cette vie trop invraisemblable pour en faire un téléroman.

La fille qui arrivait en sens inverse a aussi plus de peur que de mal, elle s’est cassée le nez, mais ses mains de pianiste sont intactes.

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