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Où est mon robot?

Bercée par la science fiction quand j’étais petite, je suis franchement déçue que les autos ne volent pas encore. Je m'attendais aussi à parler une langue internationale mélangeant le chinois et l'anglais comme dans le film Blade Runner. On a plutôt réinventé un orthographe paresseux pour écrire des textos.

D’ailleurs, pourquoi devons-nous encore taper? La reconnaissance vocale est affreusement en retard. Et où est le robot qui devait faire mon ménage, sortir mes poubelles et coudre mes boutons?

Dans le cadre des 50 ans de Châtelaine, je m’étais amusée à déterrer un article de juillet 1967 dans lequel des experts imaginaient le monde en 2067.

Plusieurs prédictions font sourire, dont celle-ci :
« Il faudra demain accepter de reconnaître son maître : la machine… »

J’ai repensé à cette petite phrase lorsqu’une serveuse du Starbuck, complètement désemparée, m’a dit qu’elle ne pourrait peut-être pas me servir un café puisque sa caisse ne fonctionnait plus.

« Euh, la machine à café est-elle directement reliée à la caisse? Ah je vois, vous n’avez même pas de clé pour ouvrir la caisse et ce serait difficile de donner le change puisque plus personne ne sait compter. »

En fait, c’est souvent la transition de l’homme à la machine qui est le plus risible. Samedi dernier, je faisais tranquillement mon épicerie à San Francisco (je suis en mission secrète en Californie) et à chaque fois que j’hésitais devant les vingt-cinq saveurs de humous ou les « confitures aux fraises bios, faites à partir de sucre équitable, sans gras trans ni agent de conservation, bouilles dans de l’eau de source écologique » chaque fois, dis-je, que je montrais un signe d’hésitation, un commis me demandait si j’avais besoin d’aide.

« How are you today? Do you need any help? »
« Tout va bien merci »
« Non merci, je peux trouver ma sorte de tampons toute seule »
« NON MERCI! Je lis les étiquettes, c’est illégal dans cette épicerie?
« NON MERCI! Coup donc est-ce c’est écrit « Touriste en détresse » sur mon front? Vous n’avez vraiment rien d’autres à faire?! »

Le service à la clientèle américain est épatant, mais peut vite devenir franchement irritant pour ceux comme moi, qui aiment flâner, la tête dans les nuages.

J’arrive à la caisse pour payer mon épicerie. Les caissières ont toutes été remplacées par des machines où il faut enregistrer tous ses items soi-même. J’ai déjà utilisé ce type de caisses chez Maxi pour quelques items alors bon, pourquoi pas pour le panier d’épicerie au complet?

Beeep : Problème « Demandez à un commis » La dame vient régler le petit souci d’étiquette.
Beeep : « Montrez une preuve d’identité à un commis. » La dame me demande mon permis de conduire, puisque la machine ne peut pas deviner mon âge.
Beeep :« Cet item n’a pas d’étiquette » Ouais, ben je « scan » ça comment une banane? Madammmme!
Beeep : « Vous avez un item de trop dans votre sac. »
Euh… quel item? C’est la deuxième pomme? Il fallait que j’entre un code pour chaque pomme? Madammmme!

Il a fallu trois fois plus de temps pour payer mon épicerie que lorsqu’il y avait encore des humains à la caisse. Mais j’ai appris plein de choses ce matin là. Qui d’entre vous sait « scanner » une banane?! »

En fait, en 2011, non seulement je n’ai pas de robot qui fait mon épicerie, mais je me tape aussi le travail de la caissière et de l’emballeur.

Dans un article du Times intitulé « The Boring Age », Michael Lind démontrait, fort justement, que nous vivons dans une ère de stagnation technologique. Il notait, entre autres, que la combinaison d’un téléphone avec de la vidéo et un clavier n’a rien de bien excitant en comparaison avec le premier téléphone et l’apparition de la télévision. Le plus scandaleux est bien entendu notre retard au niveau énergétique.

Enfin, il y a tout de même des inventions qui me font craquer comme  cette voiture volante qui ressemble un peu à ma coccinelle. Pour la modique somme de 200 000$, je pourrais bientôt voler jusqu’à l’épicerie!