Comment retrouver la joie selon Catherine Éthier

Photo: Julie Artacho
Ma solution? Résider sous un galet. Bon. J’ai vérifié, ils sont tous occupés. Aucune place. Impossibilité complète de se soustraire à l’horreur. C’est qu’elle a le chic de s’infiltrer dans le solage. À mon grand désarroi, j’ai aussi compris que, pour expérimenter ne serait-ce qu’un petit carré de courtepointe de joie, on n’a d’autre choix que de la mettre à l’horaire, avec l’autorité de Miss Trunchbull, dans Matilda. Absolument.
On m’a souvent confié, en toute bienveillance, que je n’avais pas le bonheur facile. Vous savez, le genre d’affaire qu’une personne qui peine à faire entrer le soleil ADORE se faire murmurer au creux de l’oreille. Quel bourdonnement exquis.
J’avais pourtant l’impression d’y être disposée, à la joie. De l’attendre, de la veiller, à la fenêtre, portes débarrées même. Je l’avais tant d’années côtoyée; elle connaissait les pièces de mon appartement et le code du système d’alarme. Mais voilà: à force d’isolement et, surtout, de la lente glissade dans le réconfort dont sait me gainer le travail – le grand engourdissement où il fait bon fuir le reste –, j’ai, un jour, réalisé que j’avais oublié comment avoir du plaisir. Coup de massue. Quel triste constat.
J’étais même incapable de me souvenir du dernier moment où l’hilarité et la puissance d’un rire m’avaient traversé le corps. Trop concentrée à, je ne sais pas, surmonter le jour, j’avais complètement oublié comment ricaner. Caqueter. Comment laisser entrer ces petits moments d’éternité et de grand partage entre humains pliés en deux autour de l’îlot de cuisine (logique, puisque je n’invitais plus personne chez moi; ça rend l’accès à l’îlot difficile).
Moi qui me croyais en autarcie, une autarcie que la pandémie avait pris soin de buriner sur mon amygdale, j’ai dû constater – une découverte complètement débile, quand on y pense – que la joie n’était possible qu’avec l’autre. Qu’importe cet autre. Mes chiennes. Le voisin. Une collègue de travail. Mes beaux amis, bien entendu, mais qui tentent, eux aussi, de survivre au sinistre. Ne compter que sur eux m’apparaissait fort injuste. Quel boulet.
J’ai pris la chose au sérieux et me suis donc inscrite… à des cours de claquettes (je sais). Ce vague projet, je le caressais depuis des années, trop timide pour me lancer. Épuisée d’avance par les efforts titanesques et la vulnérabilité à déployer pour sortir danser, une fois par semaine, en claquettes mauves (évidemment), avec d’illustres inconnus sans me liquéfier dans le vestiaire.
Il m’a fallu m’y astreindre. Me forcer. Beaucoup. Mais ce simple geste, un peu humoristique, profondément politique, d’aller aux claquettes et de brandir bien haut le majeur au goudron mondial, eh bien, il reconfigure, séance après séance, mon cerveau. Et, dans un même souffle, mon petit cœur bleu pâle, aussi.
Êtes-vous extra?
Votre dose de mode, beauté et déco par courriel.
