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Chroniques

Danse extatique: une des clés du bien-être?

Et si, pour renouer avec la spiritualité, nous recommencions à danser sans nous soucier de notre performance ou de notre image?
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Danse extatique: une des clés du bien-être?

Photo: Unsplash

Quand j'étais petite, mon plus grand bonheur était de danser jusqu’à ne plus sentir mes jambes. Je comptais sur les grandes réunions familiales pour m’en donner l’occasion. À l’époque, je n’aurais pas qualifié ces soirées dansantes entre cousines « d’expériences spirituelles ». Pourtant, c’en est bien une que d’être emportée par la joie.

Un jour, je suis devenue ado, et tout le monde autour de moi a cessé de danser. J’ai dû me rabattre, entre autres, sur les bars, où la danse tient davantage lieu de parade nuptiale. Plutôt que d’habiter mon corps, je l’« objectifiais ». Plus moyen de danser en paix ni à des heures raisonnables.

C’est donc avec délectation que je vois aujourd’hui bourgeonner un peu partout des événements de « danse extatique » ou encore de « mouvement intuitif », qui proposent des espaces balisés à l’intérieur desquels on peut bouger librement.

Ces happenings ritualisés ont lieu dans des salles ou des studios ordinaires. Parfois, il s’agit de grands rassemblements à l’ambiance festive, DJ inclus ; parfois, l’atmosphère est plus intimiste et introspective. On n’y vend pas d’alcool, et les règles du consentement y sont claires et réitérées chaque fois : pas de partenaire imposé, pas de frotti-frotta non sollicité. En général, avant de lancer la musique, la personne responsable ouvre un cercle pour dire quelques mots. Ce geste simple signale une chose essentielle : une bulle va s’ouvrir, et l’on va pouvoir s’y abandonner.

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Souvent, je commence les yeux fermés, pour essayer de faire le vide, de sentir où, dans mon corps, l’énergie a besoin de circuler. Ensuite, portée par le rythme, je bouge sans chercher à bien faire, jusqu’à ressentir un relâchement. Si je suis chanceuse, c’est par là que l’extase surgit. Quand je ne suis plus vraiment dans ma tête ni encombrée par mon image, la musique peut prendre toute la place et me transporter hors de moi. à



On pourrait parler d’état de transe, mais ce n’est ni l’objectif ni une garantie. L’idée première est plutôt de me ressentir, en étant soutenue par l’énergie du groupe. Comme lorsque j’étais petite et que je dansais entourée de ma famille.

De nombreuses traditions spirituelles, au fil des siècles, ont reconnu dans le corps dansant l’énergie divine qui anime les humains et le vivant. Pensons aux danses traditionnelle autochtones ou encore aux derviches tourneurs. Le mot « olé », lancé pour encourager les danseurs de flamenco, viendrait du mot « Allah », Dieu.

Pourtant, nous vivons aujourd’hui une révolution inquiétante : l’hyperconnectivité menace de faire de nous des corps désincarnés, presque des zombies. Nous passons trop de temps « branchés », ce qui nuit à notre santé mentale, à notre système nerveux, à nos liens sociaux, mais aussi, plus simplement, à notre présence.

C’est d’abord par les sens que l’âme fait l’expérience du monde. C’est en habitant mon corps que je peux rester connectée à cette planète. Au lendemain d’une bonne séance de danse extatique, mes courbatures me rappellent que cette vie aura un jour une fin. Aussi bien, alors, ne pas la traverser en zombie.

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Véronique Chagnon est autrice et éditrice. Elle a été rédactrice en chef adjointe du magazine Nouveau Projet et a dirigé les sections politique, actualités et culture du quotidien Le Devoir. Son essai Au revers du monde (Atelier 10, 2024) explore le pouvoir de la spiritualité dans un monde en crise.

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