Générale

Cannibalisme érotique

Je suis tombée sur un passage particulièrement lumineux du livre « Le secret de l’aigle », les mémoires du chaman Luis Ansa, un Indien quechua de Bolivie, questionné par l’écrivain Henri Gougaud qui l’a rencontré à Paris, où il vit désormais.

Le chaman raconte comment il fut mis en contact avec la voix du messager de l’au-delà:

L’Amour a pénétré le plan de l’existence et du multiple en tant qu’énergie unificatrice. Ce fut ainsi, dans l’ordre sacré des choses, afin que s’accomplisse, au niveau de la manifestation, le décret de Dieu.

Oui, oui, oui! tambourinait mon souffle. Oui, oui, oui! sanglotait mon âme. Mais l’Amour ne serait-il pas un inaccessible rêve?

Chut! fut la tendre réponse. Cesse de te faire du mal et apprends à rester dans le réel de ta conscience globale. Écoute! Freine tes émotions! Reste dans la brûlure de ton sentir! Patiente! Les choses ne sont pas aussi simplistes que tu l’imagines. L’être humain vient au monde affamé, égaré, et il cherche sans cesse à se se procurer des parcelles d’énergie du royaume d’Amour dont il provient.

Où cela se complique, c’est quand l’esprit non évolué intervient et transforme le don d’amour en un processus pervers de lutte pour la mainmise sur l’autre. Ainsi la femelle, se livrant au mâle pour le rassurer et soutirer de lui l’énergie nécessaire à la fécondation de ses cellules et à la constitution de sa personnalité. Ainsi le mâle, conquérant la femelle pour mieux la rabaisser et retirer de cet acte son titre de propriété. C’est, dans le couple humain, le jeu du cannibalisme érotique au service exclusif de l’ego.

Détourné et trahi, l’amour, le plus souvent, disparaît en fumée. À sa place, s’installent les habitudes sociales, à moins qu’elles ne cèdent à d’impitoyables rapports de forces psychiques et émotionnelles ou à des situations de souffrance physique. Ce processus d’involution de la force divine provoque la séparation, avouée ou non, du couple et la recherche, à l’extérieur, de nouveaux partenaires. Et le jeu continue… »

Le blogue de Gougaud…