Générale

Dédé encore

Je ne sais pas si vous êtes allés voir Dédé incarné avec grande justesse par le comédien Sébastien Ricard. Moi, qui n’étais pas une fan des Colocs, j’ai été ravie par ce film. Certaines scènes sont d’une grande poésie, celle où Dédé compose « Dehors novembre »couché dans son lit, notamment.

La lettre de son ex-blonde, Nicole Bélanger, dans le Devoir d’hier m’a laissée songeuse. Bien sûr, un fantôme est toujours édulcoré et n’a jamais le bon accent, celui de la vérité. Si on devait faire un film sur mon père, je suis certaine que je trouverais ça mièvre, ou trop ou pas assez. Y’a des gens à qui la mort ne va tout simplement pas.

Fondation André Dédé Fortin

Avant de quitter la semaine dernière, j’ai eu un petit échange avec Sylvain Cormier- mon critique musical préféré au Devoir et toutes catégories confondues- qui a vu le film en même temps que moi. Bien sûr, Sylvain n’a pas connu Dédé « intimement » mais plutôt professionnellement. Voici ce que Cormier m’a écrit au sujet du film:

J’ai rien trouvé qui sonnait faux, et pourtant, j’étais aux aguets. Le 2116, le fameux loft, je les ai interviewés là la première fois, les Colocs, c’était très exactement ça, jusqu’au sofa (photographié avec le band dessus dans Le Devoir, à l’époque: c’était à la sortie du premier album. Au Medley le soir du référendum, j’étais là aussi, je couvrais pour Le Devoir, encore. Du balcon, j’ai vu ce que tu as vu lundi. Il manquait seulement qu’ils ont continué à jouer, Dédé et les Colocs, avec la rage au coeur, après le résultat annoncé par Derome. Et moi, pendant qu’ils jouaient, dans une pièce en haut, j’écrivais, la rage au coeur aussi.

C’était tout ça, lundi. Je ne sais pas si c’est un bon film, je n’ai pas vu le film en tant que film, je me suis vu revivant ma vie par le truchement du film. Je me suis vu dans le regard de Dédé, ce regard qui m’a regardé et que j’ai regardé. Le même que Ricard, j’en jurerais. C’est comme si j’avais reconnu MON Dédé.

Dans la salle lundi, il y avait des gens qui l’ont connu de bien plus près que moi, je ne sais pas si ça leur a fait le même effet. Il y a peut-être un degré de proximité à partir duquel les différences sautent aux yeux.

Mais à mes yeux à moi, moi qui ai suivi les Colocs depuis leur tout premier show au Tallulah du boulevard Saint-Laurent, au-dessus du Lola’s Paradise (en première partie de Cha Cha Da Vinci, avec Dédé au drum), moi dont la blonde vient de Normandin / St-Thomas-Dydime comme Dédé et qui connaissait les parents de Dédé, moi qu’il aimait bien et qui me l’a dit, moi qui ne l’ai cependant pas connu du tout en dehors du métier (je connais très peu d’artistes en dehors du métier, c’est une règle), c’était vachement troublant.

Là-dessus, bonne nuit,

Sylvain

Dédé avec l’accent de vérité…