Générale

Des destins qui nous interpellent

Je m’égare depuis quelques jours dans le captivant récit poético-géographique de Gilles Lapouge, « La légende de la géographie. » J’y trouve toutes sortes d’avenues, dont celle-ci qui traite du destin :

«… et puis je ne déteste pas changer de destin de temps à autre. Ce n’est pas sorcier. Il y a tellement de destins! On en choisit un sur un coup de tête, sur un coup de blues, on l’arraisonne, et pourquoi se contraindre? S’il est un produit que la pénurie ne guette pas, c’est bien le destin, surtout dans les périodes agitées de l’Histoire, comme le début, la fin et le milieu des guerres, comme aussi les entre-deux-guerres. Ça grouille de destins, la Terre. Un de perdu, dix de retrouvés! Ils se bousculent.»

Le géographe raconte qu’il a lui-même épousé cette science trop humaine grâce au concierge de l’hôtel de l’Abbé de l’Épée, à Paris, qui, faute d’avoir reçu de l’instruction, se cultivait par procuration en piquant les livres des jeunes pensionnaires qui logeaient à l’hôtel et en leur rendant pêle-mêle, victime de ses trous de mémoire. Parlant du concierge :

« À son avis, ne pas aller à l’école quand on est un intellectuel est un inconvénient, surtout, expliquait-il avec un sourire triste, qu’on n’est jamais tout à fait sûr d’être un intellectuel. Il pensait en être un mais, n’ayant pas de diplômes pour en attester, il en doutait un peu. Comme son esprit était agile, il avait tiré profit de ce doute : la spécialité d’un intellectuel à ce que dit Montaigne, étant de douter, il y voyait confirmation de sa fibre d’intellectuel mais parfois, il doutait de ce doute et il disait : « Vous voyez, on ne peut pas s’en sortir, de cette histoire de doute. » »

Finalement, le jeune étudiant (Lapouge) qui se destinait à science po, finit par découvrir les livres de géo que ledit concierge abandonnait derrière lui. Et son destin s’en trouva changé. Aucun doute possible, votre destin vous rattrape toujours… mais comment savoir si c’est le bon?