Générale

Entrer dans la danse

Il y a ceux qui chialent. Ils habitent à Repentigny. Des scrapeux de windshield. Et il y a ceux qui dansent avec les flocons, trouvent ça beau. Juliette Binoche s’extasiait devant Homier-Roy ce matin sur notre chance de vivre dans tout ce blanc.

Danser avec la vie. Tout est là. Je viens tout juste d’écouter Juliette Binoche chez Christiane C et je comprends totalement ce besoin de faire passer l’art par le corps, le mouvement de la vie. Et que cette chorégraphie mime les étapes de l’amour ne me laisse pas indifférente non plus. Qu’à 43 ans, on décide de se lancer dans la danse, c’est à la fois audacieux et gracieux, signe d’un besoin impérieux. Comme le désir, comme l’amour.

« Fais tout et tout ce que la vie te donne » lui avait dit son prof de dessin, la poussant à ne pas choisir. Et c’est vrai, pourquoi trancher dans ses talents? Comme si on était moins « sérieux » parce qu’on explorait autre chose. Comme si compléter un doctorat sur chaque coup de coeur de la vie vous rendait plus apte à vous accomplir.

« On a différents corps, dit-elle. L’énergie n’est pas visible mais on la sent. » Comme une bougie. La flamme, c’est l’énergie. Joli. Et j’ai toujours pensé que la danse, surtout à deux, était la combustion de deux énergies.

J’aime l’urgence de Binoche: « Ce temps qui nous est donné on le redonne. Faut donner au cosmos, pour plus grand que soi« . Non, il ne faut pas avoir peur des émotions et de la communication pour danser. C’est essentiellement ce qui m’attire dans cet art. « Soyons jugés, le jugement il passe« , dit-elle aussi en réponse à CC qui s’exclame: « C’est difficile de montrer ses émotions, on est jugés! »

Je dis toujours que ma troisième langue, c’est le tango. J’ai consacré dix ans à l’apprendre et le mettre en pratique. Muette et follement bavarde. Pas seulement des pieds, de toute mon âme. Juliette Binoche dit exactement la même chose; que la danse est le sujet-verbe-complément. Lorsque j’étudie une danse, je laisse aller mon corps et j’essaie de ne pas trop penser aux instructions, éviter d’intellectualiser, se laisser porter par le rythme, mon partenaire, le souffle.

Et lorsque je serai trop vieille pour vibrer à la verticale, je sais que je danserai encore dans la tête en faisant jouer Hugo Diaz.