Générale

Facéties des ancêtres

Je ne sais pas si on doit appeler ça de la géographie transgénérationnelle ou simplement un clin d’oeil malicieux des cieux, mais mes ancêtres sont facétieux ou alors les Dieux s’amusent à nos dépens.

Au début du mois, une famille de Français est venue s’établir dans l’appartement voisin du nôtre. J’ai eu plusieurs moutures de « cousins-voisins » en dix ans, dans cet appart que je connais comme le fond de ma cuisine. Rien de bien palpitant, sauf, détail intéressant et purement intéressé: ils ont un petit garçon de six ans, m’a appris leur propriétaire. Mon B était ravi d’avance.

Puis on m’informe que les cousins Français sont des Blanchet, de la Réunion. Les Blanchette d’Amérique ont tous pour ancêtre Pierre Blanchet, un tisserand qui apparaît sur les registres « en Canada » en 1667. Blanchet et Blanchette, donc, même combat.

Puis, au final, je rencontre mes voisins. Le papa s’appelle Bruno Blanchet (oui, oui!), la maman Nathalie et fiston, ben fiston porte le même prénom que mon B, une consonne en moins, mais consonne muette. Je les appelle les B au carré.

Jusque-là, on s’en tape ou on appelle ça de la synchronicité et on se dit que les cousins sont un peu plus cousins que les autres d’avant, ceux qui s’appelaient Millière ou Jacquet et qui sont disparus comme ils sont apparus, sans laisser d’adresse.

Déjà que ma vie était parsemée de François des deux sexes, ma mère, mon oncle, mon frère, le père de mon fils, mon fiancé, mon guérisseur et la voisine d’en face, voilà que je fais dans la monogamie côté noms de famille.

J’ai demandé au fiancé, qui est un poète des mathématiques, de me calculer les probabilités statistiques que deux enfants du même âge et portant les mêmes noms et prénoms mais nés sur deux îles différentes (aux climats opposés) se retrouvent dans la même maison.

Voici sa réponse basée sur deux approches:

1) L’approche exhaustive a posteriori (basée sur le théorème de Bayes)

Ce serait la façon précise de le faire mais toutes les données nécessaires au calcul sont probablement inexistantes. Il me faudrait trouver des chiffres sur le nombre de Blanchet dans le monde, les flux d’immigration entre La Réunion et le Québec en 2009, la distribution du prénom X en France il y a 6 ans, etc etc. À partir de là, je ferais le produit de toutes ces probabilités conditionnelles pour obtenir LA probabilité totale que l’on recherche.

2) L’approche asymptotique a priori C’est une approximation de la méthode (1) mais, dans le cas qui nous concerne, je pense que l’on est assez précis. Après avoir consulté mon collège de statisticiens/probabilistes, la valeur que l’on cherche serait grosso modo définie par (1 / population francophone mondiale). On compte aujourd’hui près de 200 millions de francophones à travers le monde (3 % de la population mondiale).

Ce qui fait que la probabilité qu’X B. et X B. co-existent dans le même building est de : 0.0000000005 pour cent. (5 X 10 à la moins neuf)

Mon fiancé me dit souvent que d’un point de vue statistique ma vie est une « valeur aberrante ». Ne me manquait que le chiffre exact pour en être convaincue. C’est mon grand-père Alban qui doit se bidonner là-haut…