Générale

La simplicité

Tout le monde pense que j’aime la voile alors que je ne fais pas la différence entre bâbord et tribord, entre un spi et un (une?) genoa. Bon. Pitoune de pont, je n’aspire à rien d’autre. C’est pas la voile que j’aime, ce sont les marins. J’apprécie leur simplicité, leur tolérance, leur ouverture d’esprit parce qu’ils se sont souvent mis plein d’horizons devant les yeux. Ils se sont aérés l’esprit par tous les vents, tous les temps. Et ça donne du monde en grande santé mentale. À Gaspé, le week-end dernier, il y avait 160 marins français et beaucoup de Québécois mais au bout du compte, comme me le faisait remarquer Jean Lemire, ce n’était pas des Français ou des Québécois, c’était des marins. Mon copain Johnny fait un malheur avec son feuilleton/courriel qu’il envoie aux amis. Je les conserve tous, ça fera un beau livre. Un dernier extrait puisque vous ne faites peut-être pas partie de sa liste d’envoi. Ça résume bien tout ce que j’aime des marins.

« On se fait un trip de voile. On est en voyage. Il y aura bientôt le départ d’une course qui nous touche beaucoup. Sur notre Fleuve. On ne sait pas comment faire encore pour y participer. C’est compliqué ! Et une réparation de dernière minute, c’est super coûteux ! On est pas des millionnaires. On est des gipsy . Le jus de légumes se tient bien au frais sur le pont du bateau. Et y a des jours ou on peut se faire une soupe chaude juste en la laissant au soleil. Tantôt on va se caller dans nos cirés et on va aller voir une belle rivière à saumon. Y a pas de place pour la plus petite goutte de tristesse . On veut inventer nos vies et c’est ce qu’on fait. Y a beaucoup de cohérence à trouver en nous, en réduisant nos besoins au minimum. Il y a une belle course qui s’en vient , et qui demande des moyens énormes. Et il y a plein de gens qui comptent sur nous pour la faire. Alors on considère toutes les possibilités . On ne lâche pas.

Mais je voulais vous dire, que pendant tout ce temps , on vit dans une dimension toute dénudée et extraordinairement simple. Un feu le soir sur la grève. On croise d’autres canards . On échange de la musique et on parle des routes en mer. La vie existe aussi à des endroits ou il n’y a ni bagnoles ni télé. Et c’est un boulot pertinent que d’aller explorer ces vies là. C’est un boulot pertinent que de refuser de se retrouver dans un embouteillage. Ne plus entendre de pub, tourner le dos à tout ce qui mérite d’être réinventé. Je joue de la guitare dans un monde ou on ne capte pas Star Académie. Et on ressent tous beaucoup de cohérence et du calme, à l’intérieur de nous .

ciao.

Johnny«