Générale

Le bonheur indécent

« J’aime courir sur la plage, les yeux tournés vers la mer. J’aime courir juste pour la beauté du soufle et j’aurais aimé que ma vie soit une course aussi sereine. Petite fille perdue, le soufle coupé, je n’arrive plus à voir la mer, même en fermant les yeux. »

Contagieux le bonheur ou tout simplement indécent? C’est la question que je me suis posée ce matin en lisant cette amie, seulette sur sa plage, qui me dit que mon bonheur marital, ce mariage bientôt célébré, lui fait chaud au coeur, là-bas sur son île. Pourtant, j’ai pleuré en la lisant, parce que ça sonnait vrai et que je ne pouvais pas la sauver d’un naufrage possible, simplement partager une infime petite partie de ce bonheur en espérant qu’il lui donne un second souffle.

J’ai hésité avant d’accepter l’offre du réalisateur Francis Legault à la radio. Est-ce indécent de parler du bonheur, du sien, surtout? J’ai pourtant gagné mes gallons judéo-chrétiens (lire, en baver pour pouvoir MÉRITER ce qui nous arrive si tant est que l’on croit à la méritocratie). Mais la nuance est ailleurs: doit-on vivre le bonheur en secret et laisser tous les malheurs saccager l’actualité? Doit-on cacher le bonheur au mépris du bon sens ou au contraire, espérer qu’il essaime et risquer de faire des jaloux.

Je n’avais aucune crainte du côté de Francis, réalisateur de L’Autre midi à la table d’à côté, que je fréquente depuis une vingtaine d’années. Il sait rendre, saisir, écouter et respecter. Il a déjà fait « Une saison dans la vie de » avec Fred Pellerin. Alors, un printemps dans ma vie, pourquoi pas. D’un printemps à l’autre qui se termine sur un solstice, why not? Mais surtout, surtout, il me semble qu’on ne parle jamais assez d’amour, de ce fil invisible qui relie deux êtres malgré le chaos.

Mais qu’en est-il du mariage? Combien de petits sourires cyniques ai-je essuyés depuis quelques temps de la part de gens qui n’ont peut-être pas osé ou n’y croient tout simplement plus.  Combien de connaissances (les amis, eux, savent) m’ont demandé pourquoi nous nous marions. Ils auront la réponse samedi, j’imagine. Et puis, on se marie aussi pour faire un doigt d’honneur au malheur et un autre au mauvais temps. 40% de possibilité d’orage pour samedi, tiens.

Tout ça n’a pas été arrangé avec le gars des vues. Mais la Première Chaîne de Radio-Canada diffusera l’émission samedi à 11h au moment où nous nous préparerons à prononcer nos voeux devant le père Lacroix (et Jacques Languirand qui fait office de célébrant au civil), à midi. Lorsque l’émission se terminera, mon coeur battra à l’unisson avec un plus fou que moi. Il est probable que je fasse aussi un arrêt cardiaque.

L’amour et son serment sont parmi les dernières folies qui nous restent ici-bas, envers et contre toute logique, (celle du Follow/Unfollow, celle des demandes d’amitiés qui donnent accès à un mur), dans un idéalisme confondant de naïveté mais dans l’appel de la foi et de la confiance. J’épouse cette confiance avec joie. À samedi peut-être…

« Ce qui rend le mariage si lumineux et si cruellement thérapeuthique, c’est qu’il est la seule relation qui mette véritablement au travail. Toutes les autres relations aventureuses et amicales permettent les délices de la feinte, de l’esquive, de la volte-face et de l’enjouement. Obstiné, têtu, doté d’une tête chercheuse que rien ne distrait de son but, le mariage n’est rien d’autre que la quête en chacun de sa vérité. Il fait expérimenter la relation réelle, vivante, celle qui n’esquive rien. » C.Singer, Éloge du mariage, de l’engagement et autres folies.

ps: l’émission est ici!