Générale

Le capitalisme revu et corrigé

Mon fils n’a que 7 ans et sa plus grande peur, avant les monstres et les araignées, c’est la pauvreté. Il a déjà compris que tout se jouait là, entre les riches et les pauvres. Tu peux être laid, malade, noir ou conservateur mais si tu es pauvre, c’est pire que tout. Tu es condamné.

Si à sept ans, on comprend déjà les rouages les plus grossiers de l’économie 101, il en faut peut-être davantage pour se taper les 2h41 du documentaire Zeitgeist: Moving Forward de Peter Joseph. Très dense, l’information contenue ici est divisée en quatre sections, les premières visant à établir le diagnostic du système capitaliste (l’histoire de cas), puis on propose le traitement, la partie la plus faible puisqu’elle se dirige tout droit vers l’utopie ou la science-fiction.

Dans tous les cas, l’exercice intellectuel et visuel auquel se livre Peter Joseph n’est pas dénué d’intérêt et ne reste pas purement stérile. La question à laquelle il tente de répondre est: « Le développement de la société va-t-il a l’encontre de notre bien-être général? ». Et la réponse est « oui », on s’en doute. Un exemple? 13 millions d’ordonnances d’antidépresseurs au Québec en 2010, le 2/3 aux femmes et la 1/2 aux 60 ans et plus. Et on apprenait la fin de semaine dernière qu’on est en rupture de stock!!!

Une des phrases qui m’a le plus frappée dans Zeitgeist: « Dans ce système, vous devez créer des problèmes pour générer du profit. » On fait référence à la guerre, au cancer, à la santé mentale, et même à la violence, le résultat de politiques sociales déficientes.

J’ai visionné Zeitgeist 3 en compagnie de mon mari moins tout neuf, économiste de son état. Il est le premier à convenir que les rouages de notre système financier sont si complexes que la plupart des économistes ne les comprennent pas et que seule une poignée d’entre eux sont capables d’expliquer la péréquation au Canada.

C’est carrément utopique, a-t-il décrété après avoir visionné l’exercice, d’accord avec le constat d’échec d’un système financier soutenu par les gouvernements pour éviter la faillite de l’économie mondiale.

Ce qui semble utopique, c’est cette vision hautement futuriste et socialiste que propose Joseph, une société basée sur les besoins en ressources, redistribuées de façon équitable et intelligente. Exit l’auto, l’individualisme, les jobs abrutissantes qu’une machine peut faire plus efficacement que nous et bonjour la grosse machine intelligente qui nous gère et redistribue ce qu’elle fabrique. Et l’humain dans tout ça? Il lèvera la main pour faire du bénévolat et se précipitera pour aider son prochain entre deux parties de ping-pong. Tout le monde sera heureux et gentil car personne ne manquera plus de rien.

C’est peut-être utopique, ai-je répondu au mari dubitatif et dont la garantie est expirée, mais si on débarquait aujourd’hui sur une planète vierge en annonçant qu’on va implanter un système où des gens achèteront des objets qu’ils n’ont jamais vus avec de l’argent qu’ils n’ont pas encore et avec l’espoir que plus de gens les convoiteront, plus ils vaudront cher, on ferait rire de nous.

Je ne comprends pas grand-chose à l’économie, l’économie planifiée (ou planification centrale) a déjà eu ses adeptes, néanmoins, la plus grande faille pour moi dans le documentaire de Joseph, reste le facteur humain. On ne tient pas compte de son appétit de pouvoir, du plus petit boss de bécosse jusqu’au plus grand des dictateurs. On présume que l’Homme est bon et qu’il fera tout pour sauver le monde dans lequel il évolue. Pour le bien commun de l’humanité, tout simplement.

Malheureusement, je pense que l’Homme est plutôt con, qu’il se bouffera la queue jusqu’au trognon, craignant les solutions parce qu’elles possèdent le germe d’une révolution.