Générale

Le conflit

Souffrez que j’étende mon 8 mars. C’est comme mon anniversaire, j’en fais un octave. Pourquoi se limiter à une seule journée?

J’ai terminé le dernier livre d’Élisabeth Badinter avec un soupir, plus découragée, plus ébranlée, plus forte aussi, convaincue que cet essai, intitulé « Le conflit, la femme et la mère » est un mal nécessaire. Badinter n’est pas facile à interviewer et ne s’en laisse pas imposer. Et elle ne s’attendait pas à faire l’unanimité avec son bouquin. Il y a ceux qui pensent comme elle et ceux qui ne sont pas d’accord, deux camps bien rangés. En gros, la femme, après avoir été asservie par l’homme, est assujettie aux caprices de son bébé. Et les temps sont bien capricieux. Être mère en 2010 est devenu très exigeant. Toutes les perfectionnistes et les aspirantes à la béatification ont de beaux jours devant elles sur ce terrain miné de contradictions.

Je me souviens qu’enceinte, je me refusais une coupe de champagne que mon père me versait pour souligner mon 40e anniversaire, moins par prudence que par indifférence (ça m’est passé, craignez rien!). Mon père avait eu cette réflexion très pragmatique: « Ma fille, si un verre de vin rendait crétin, 65 millions de Français le seraient. »  Maintenant, vous pouvez penser ce que vous voulez des Français mais j’ai trouvé que l’argument n’était pas dénué de sens commun.

Ce que Badinter dénonce, c’est la religion, celle du sein (99% des Norvégiennes allaitent), du naturalisme (un genre de maternité écolo qui gagne du terrain), celle du nivellement des bedaines. Verra-t-on apparaître des « boot camps » de femmes enceintes? Ça, c’est moi qui fantasme le pire les jours où j’ai envie de me cacher sous un niqab. Mais une femme enceinte n’a pas le droit de faire à sa tête, ni d’agir en fonction de ce que son instinct lui dicte car elle porte l’avenir du monde en elle, une part de la société, une part qui lui échappe.

Ce que Badinter crie haut et fort aux jeunes mères, c’est que les batailles sont loin d’être terminées pour elles et qu’emprunter le « mommy track » et devenir dépendante d’un homme qui risque de déguerpir n’est peut-être pas la meilleure idée au monde. Ce que Badinter déplore, c’est que sous couvert de bons sentiments (une mère, son enfant, la symbiose, l’attachement), portées par une culpabilité latente, les femmes sont en train de se pendre.

Badinter a répondu à Christiane Charette qu’elle avait écrit cet ouvrage en tant que philosophe et non en tant que mère. Ses arguments (documentés) tiennent la route ou pas. J’ajouterais qu’avoir 66 ans et être l’une des plus grandes fortunes de France ne nuit pas. Avoir eu trois enfants non plus. On peut s’en permettre beaucoup plus. Les enfants sont élevés, le nom est fait, on est respectée et on peut DIRE, sans craindre, le problème de bien des femmes.

Ça n’enlève rien à l’importance de cet ouvrage qui s’inscrit tout à fait dans le courant des cris du coeur de mères zimparfaites et indignes. Celles-là nous le disaient déjà avec humour. Badinter nous explique simplement pourquoi il n’y a plus de quoi rire.