Générale

Le coup de vieux

Cette semaine, j’avais mon rendez-vous cinoche annuel avec le père Lacroix, pour souligner ses 95 ans. J’avais choisi « La tête en friche », un « petit » film charmant, boudé par les critiques dont on sentait pour certains qu’ils n’osaient avouer publiquement qu’ils avaient eu du plaisir à déguster ce « feel good moovie » sans effets spéciaux présenté par Jean Becker au dernier FFM.

La moyenne d’âge devait être de 80 ans dans la salle. « L’auditoire n’est pas jeune! », m’a glissé le père Lacroix. « C’est parce qu’il est deux heures de l’après-midi!« , lui ai-je répondu.

Ce « petit film » nous a séduits complètement. Depardieu, d’abord, puis cette vieille dame de 95 ans (Gisèle Casadesus) qui lui apprend les mots de la vie, les livres, de Camus à Gary, que j’ai eu envie de relire. Elle lui lit même « Le vieux qui aimait les romans d’amour« , un livre que le parrain de mon fils m’a prêté et que je m’apprêtais à lui rendre. Il devra attendre encore un peu.

Pygmalion à l’envers (c’est lui qui s’éprend d’elle), magnifique éducation littéraire que ce film qui construit des ponts entre les générations, nous montre un homme adulte qui tombe tendrement amoureux (et chastement) d’une femme encore plus vieille que sa mère, revit intellectuellement grâce à elle. Ce n’est pas du tout Harold et Maude, rien de sentimental et pourtant…

J’ai pleuré en écoutant les vers de la fin. Les dialogues sont de Jean-Lou Dabadie et le tout s’écoute comme une chanson d’amour tendre. Le père Lacroix a adoré. À son âge, on ne boude plus son plaisir, on prend tout ce qui passe.

Je parle justement du coup de vieux, aujourd’hui. Grâce à mes vieux amis, je sais, qu’on ne sait jamais.