Générale

Mort ou vif?

En ce moment, les fromages sont à température pièce dans mon frigo. Le frigo est décédé il y a trois jours et j’ai placé les tourtières dehors, au congélateur, exactement comme ma grand-mère et mon arrière-grand-mère le faisaient. Les Gaspésiennes avaient la « chance » de vivre dans un congélateur huit mois par année.

Si un inspecteur du MAPAQ venait faire un tour dans ma cuisine, il me collerait une amende. En lisant mon collègue Fabien Deglise ce matin, sur le massacre du MAPAQ et les fromages du terroir, je me rappelais ce party de septembre dernier, en pleine crise de la listériose, où j’avais été la seule à apporter du fromage dans un souper où tout le monde contribuait. Normalement, le fromage, c’est le premier choix des sans talents aux fourneaux. Si je me rappelle bien, y’a que mon copain Franck, un maudit Français, qui avait osé.

Ce qui me frappe dans cet article du Devoir, c’est que les fromages de lait cru ne contiennent pas de listeria. Ce sont les fromages aseptisés et pasteurisés qui peuvent être dangereux. Mais ce sont les fromages de lait cru qui font peur. Depuis la crise, je demande toujours du fromage québécois chez le fromager, pour la raclette comme pour le reste, quoique j’ai triché pour le Vacherin et le Reblochon (pour la tartiflette) à Noël.

Parlant de fromages français, le psy du marketing et anthropologue, Clotaire Rapaille (Culture Code), s’est amusé à réduire à un mot notre rapport à plusieurs aliments essentiels. Pour les Français, le code du fromage est « vivant« . Il est fait de bactéries, on le laisse sur le comptoir sous cloche, on ne l’emballe pas et on mange la croûte. Pour les Américains (dont nous sommes), le code est « mort« . Nous gardons le fromage au froid, nous tuons les bactéries, nous l’emballons dans du plastique, comme un « body bag » à la morgue.

Ce qui est terrible dans cette crise, c’est que l’irrésistible village de Gaulois avait commencé à revoir son code et revenait au « vivant », le terroir. Et malheureusement, nous sommes de nouveau à la case départ: la morgue.