Générale

Nos enfants

Je dis « nos » enfants car je pense tout au fond, qu’ils nous appartiennent tous. C’est précisément pour cette raison que j’évite (j’essaie, on me les rentre dans la gorge de force) les titres sur le procès Turcotte, je zappe sur un père qui immole ses enfants dans son camion, je désespère de voir des « adultes » utiliser des enfants pour expier, se venger, tuer l’enfant qui hurle en eux.

C’est profondément dérangeant. Et certains médias en font leur bread & butter sous prétexte de vouloir nous informer. Ils y vont un peu fort dans l’idéal journalistique. Pour ma part, l’éditorial de ma collègue Marie-André Chouinard m’a suffit. Je ne veux aucun détail sanglant, je ne veux pas tomber sur un titre qui met des jours à s’effacer de mon esprit, sur des photos encore moins, et je ne veux SURTOUT PAS que mon fils de sept ans tombe là-dessus. Je ne veux pas désespérer de l’humanité à ce point. Au point de ne plus vouloir y vivre. Comme cette femme en post-partum qui s’est suicidée et a entraîné son enfant de quatre ans avec elle.

Les médias ont une responsabilité immense dans ce qui se joue. Des détails fournis sans explications ne sont que de la surenchère pour exciter le voyeurisme et le goût du sang. J’ai lu beaucoup de twitternautes se révolter contre cet étalage sordide d’un drame humain qui remonte à la nuit des temps. Relisez vos classiques grecs.

Mais dans les deux premiers cas dont il est question, et sans attendre une commission parlementaire, je retiens une chose: les femmes auront de plus en plus peur de se séparer. Le message envoyé est clair: un homme peut se venger avec ce qu’elles ont de plus précieux, leurs enfants. Un homme peut se venger avec ce que nous avons de plus précieux, nos enfants.

Peut-être qu’un homme ressent la même chose, subit la même crainte sourde et viscérale, je ne sais pas. J’aimerais les entendre là-dessus (masculinistes, Father4Justice et autres vaginophobes s’abstenir svp).

À mon avis, le premier pas pour éviter des dénouements aussi tristes vise à mettre l’accent sur des séparations harmonieuses, où les besoins des enfants passent avant ceux des « enfants intérieurs » des parents. Depuis 30 ans, les séparations n’ont cessé d’augmenter. Or, l’aide en ces matières et le « protocole » (j’haïs ce mot) à suivre est encore trop légal (médiation, puis on passe devant le juge si l’entente n’est pas possible). L’aide psychologique, le message préventif, le soutien aux enfants, lui, est négligé la plupart du temps. Le système n’a déjà pas les effectifs pour s’occuper de la maladie mentale, pour les peines de coeur, on repassera.

Je constate, après des années de séparation, combien la bonne entente avec un ex est fondamentale dans le bien-être des enfants. Pour maintenant et pour plus tard. Je remarque aussi combien les clivages institués de longue date chez ceux qui ont entretenu une guerre larvée ou de tranchées durant leurs années de séparation provoque des séquelles irréparables chez leurs enfants. Et la guerre se perpétue, de génération en génération…