Générale

R.I.P

Il avait 47 ans. Il est tombé en salle de classe hier, en plein cour de chimie, devant ses étudiants éberlués. Bang. Même si la loi de la gravité relève davantage de la physique, l’équation est parfois simple. Les ambulanciers sont arrivés. Il était trop tard.

Nous l’avons appris entre deux bouchées de bagatelle. Je vous donnerai la recette une autre fois. C’est l’un des meilleurs desserts ratés que j’ai jamais inventé. Gâteau au chocolat, griottes au kirsch, poires, crème pâtissière aux morceaux de chocolat blanc et éclats de cacao, Chantilly, noisettes grillées, la totale.

Nous avons repris de la bagatelle, au cas où ce serait la dernière fois. Et des pizelles, ces biscuits gaufrés, parfumés à l’anis, celui qu’il faut demander dans le creux de l’oreille à l’épicier italien qui le cache sur la tablette du haut parce qu’il le fait venir d’Italie et que seuls les connaisseurs connaissent. Francine m’a montré la bouteille comme si c’était un trésor arraché aux barbares.

Rentrée chez moi, j’ai écouté le deuxième épisode de Trauma en souhaitant me raccrocher à la vie. J’ai tellement aimé la première saison et je décroche à la seconde. Trop de traumas en deux épisodes. Trop de violence. Plus assez de Platon ou de Schopenhauer dans la bouche de Sicotte (docteur Légaré), mon psy préféré qui me rappelle mon père. J’aimais cet équilibre entre le corps et l’esprit. Il est rompu. Viols, auto-mutilation, meurtres, ne manque plus qu’un séisme et on pourra avoir l’impression qu’on est dans la vraie vie. Sauf qu’il manque la délicatesse de l’anis pour nuancer.

Ce que Trauma nous laisse de plus beau, c’est ce disque d’Ariane Moffatt (merci Gary). Je ne me lasse plus de l’écouter. En souvenir de ce qui passe et trépasse, des bagatelles, de l’anis et de l’amour…

ps: Une entrevue (pas une psychanalyse!) entre Gilbert Sicotte et Ariane Moffatt ici!