Générale

Suis-je en vie?

Sur la colonne de droite de WordPress, je peux programmer des billets à l’avance et choisir leur date de diffusion, fonction que je n’utilise pas car j’ai toujours peur d’être trépassée au moment où le billet sera publié. Ça la fout mal en terme de crédibilité.

En lisant (et me délectant) BIS Quarante chroniques de l’Au-delà (je sais, je sais, je fais une petite fixation mortuaire mais novembre novembre encore que je sache), de David Eagleman, j’apprends que la touche « Trépas » pourrait devenir la norme un peu partout. En fait, je savais que Facebook nous gardait en vie, que certains columbariums virtuels permettaient d’envoyer des messages posthumes à nos amis et rien n’interdit de croire que le mode éternel ne prendra pas du galon.

D’ailleurs, qui vous dit que je suis encore en vie?

« Il n’y a pas d’Au-delà, mais quelque chose de nous survit. Au début de l’ère informatique, quand les gens mouraient en emportant leurs codes confidentiels, personne ne pouvait entrer dans leurs dossiers. Bien des business ont dû s’arrêter quand l’accès à ces dossiers n’était plus autorisé. C’est alors que des programmeurs ont inventé la touche « Trépas ».

Muni de cette touche, votre ordinateur vous demande chaque semaine votre mot de passe pour s’assurer que vous êtes toujours vivant. Si vous n’entrez pas votre code pendant un certain temps, l’ordinateur en déduit que vous êtes mort et il transmet automatiquement par mail votre code à votre bras droit.

Au début, de simples particuliers ont utilisé cette touche pour révéler leur numéro de compte en banque en Suisse à leurs héritiers, pour avoir le dernier mot dans une discussion, pour confesser des secrets indicibles de leur vivant.

Bientôt, on s’est aperçu que la touche « Trépas » permettait de faire, sans problème, ses adieux électroniquement. Plutôt que d’envoyer leurs codes confidentiels, les gens se mirent à programmer leurs ordinateurs pour qu’ils envoient des mails à leurs amis leur annonçant leurs décès: « Il semblerait donc que je suis mort désormais » commençait un mail. Ou encore: « Voici l’occasion de vous dire des choses que j’ai toujours voulu vous exprimer… »

(…)

Avec le temps, les gens ont poussé l’usage de la touche « Trépas » encore plus loin. Au lieu d’avouer dans leurs mails qu’ils étaient morts, ils ont prétendu ne pas être morts du tout. En utilisant des algorithmes de réponse automatique qui analysaient avec finesse les nouveaux messages, le programme était capable de générer des excuses pour refuser des invitations, envoyer des félicitations lors d’un heureux événement et assurer le destinataire que l’expéditeur se ferait un plaisir de le revoir dans un proche avenir.

Aujourd’hui, l’élaboration de telles touches capables de vous faire passer pour vivant a atteint des sommets. Ces touches sont programmées pour envoyer un fax occasionnel, transférer de l’argent entre deux comptes bancaires, acheter le dernier roman sur Internet.

(…)

Ainsi, les touches « Trépas » ont tourné en dérision la notion même de mortalité. Si les humains ont découvert qu’ils ne peuvent arrêter la mort, au moins sont-ils libres de s’en moquer.

Ce qui avait débuté comme une révolution bon enfant contre le silence de la tombe pose aux vivants un problème de plus en plus coriace: savoir qui est mort et qui est en vie. »

David Eagleman, BIS