Générale

Sur le terrain

On se demande toujours si nos dons seront acheminés aux bonnes personnes. Hier, mon fiancé et moi avons décidé de parrainer une petite orpheline, une Haïtienne de six ans, avec Vision Mondiale. L’employé (haïtien) de VM était ému et a dit au fiancé que c’est exactement le genre de dons dont ils ont besoin en ce moment. Du long terme, des enfants pris en charge et dont on assurera l’éducation et les soins de santé, la protection contre le SIDA. Tout ça contre 40$ par mois, une richesse dans ce pays où l’on vit avec moins d’un dollar par jour.

Par contre, je relisais ce matin l’excellent reportage de mon collègue Jean-Yves Girard paru dans Châtelaine en octobre 2008. Ouch. Après ça, il y a de quoi hésiter. Sur le terrain (et j’ai pu le constater au Népal lorsque j’ai baigné pour la première fois dans l’univers du caritatif), les ONG en mènent large. Même Dany Laferrière les dénoncent dans son dernier livre, L’énigme du retour.

« Ces envoyés des organismes humanitaires arrivent à Port-au-Prince toujours pleins de bonnes intentions. Des missionnaires laïques qui vous regardent droit dans les yeux tout en vous débitant leur programme de charité chrétienne. Ils se répandent dans les médias à propos des changements qu’ils comptent apporter pour soulager la misère des gens. Le temps de faire un petit tour des bidonvilles et des ministères pour prendre le pouls de la situation. Ils comprennent si vite les règles du jeu (se faire servir par une nuée de domestiques et glisser dans leur grande poche une partie du budget alloué au projet qu’ils pilotent) qu’on se demande s’ils n’ont pas ça dans le sang- un atavisme de colon. »

« Leur parade quand on leur remet sous le nez le projet initial, c’est qu’Haïti est inapte au changement. Pourtant ils continuent dans la presse internationale à dénoncer la corruption dans ce pays. Tous les journalistes de passage savent bien qu’il faut passer prendre un verre près de leur piscine pour avoir cette information solide venant de gens objectifs et honnêtes- les Haïtiens, on le sait, ne sont pas fiables. Ces journalistes ne se demandent jamais comment il se fait que ces gens vivent dans des villas pareilles quand ils se disent ici pour aider les damnés de la terre à s’en sortir. »

Tiens, une belle mission pour Céline Galipeau au TJ de ce soir…