Générale

Une certaine France

Je termine ce matin mon Tour de France avec l’un des symboles d’une certaine France, ses librairies, ses bouquinistes, eux aussi malmenées par la mondialisation et la technologie. Et pourtant, qu’il fait bon s’y perdre hors du temps. J’ai passé là de longues heures sans m’apercevoir qu’elles filaient. J’en suis ressortie complètement hébétée. Il n’y a qu’en vacances (sans enfants) qu’on peut se permettre de telles escapades sans se demander si on a faim ou soif. La curiosité nous mène et le découragement peut parfois prendre le dessus.

Je retiens une phrase du livre « La Seduction » dont je causais la semaine dernière. En fait, l’auteure s’attarde au déclinisme qui semble ronger la société française, et qui est devenu un sport national. Malgré leur grandeur qui frise parfois la suffisance, les Français s’adaptent mal à ce nouveau siècle.

Je traduis ce paragraphe qui résume bien le déclin en question: « Le capitalisme globalisé signifie que tout va plus vite, est plus efficace, moins consciencieux et moins personnel. Le paysage français compte moins de fermes familiales et davantage d’entrepôts industriels. Les sacs de designers fabriqués à la main dans de petits ateliers sont usinés en Chine. Les parfums qui furent assemblés par des artisans à Grasse sont produits selon des recherches de marché dans des laboratoires à New York. Les enseignes géantes le long des autoroutes en quittant Paris annoncent du riz minute. Une chaine de supermarchés ne vend que des aliments congelés. Un restaurant sur l’Île de la Cité à Paris sert la soupe à l’oignon traditionnelle à partir de sachets en poudre. L’art élaboré de la diplomatie française, reposant sur un langage et une forme raffinés, est mis à mal par les courriels, Facebook, Twitter et le cycle de 24h des nouvelles. Les Français sont tirés vers un monde qui dévalue leur expertise et célèbre les choses qu’ils font mal. »

Heureusement, il reste (encore) ces petites librairies d’occasion qui se refusent à emboîter le pas.