Générale

Zappa et la e-médiocrité

Vous connaissez mon faible pour la philo et le philo-journalisme. J’ai retrouvé avec bonheur cet automne, la page bi-mensuelle du Devoir « Philosophie ».

Le cru de samedi dernier était particulièrement relevé, signé par le journaliste Jean-Sébastien Marsan et portant sur le compositeur américain Frank Zappa (1940-1993). Pourquoi Zappa? Marsan vient de publier un livre sur le sujet, « Le Petit Wazoo: initiation rapide, efficace et sans douleur à l’oeuvre de Frank Zappa » mais au-delà il s’interroge sur la position idéologique qu’adopterait Zappa (grand pourfendeur des utopies révolutionnaires) face au Web 2.0.

« Ces dernières années, plusieurs observateurs ont souligné les parallèles entre le Web 2.0, le mouvement hippie et l’idéal communiste: mêmes communautés pétries d’amour pour leur prochain, même mépris des élites, même refus de la hiérarchie et des classes sociales. Le Web 2.0 est étroitement associé à un fantasme égalitaire qui postule que le citoyen, bon de nature, saura oeuvrer à l’avènement d’un monde meilleur. »

(…) « Le Web 2.0 nous rend libres, croit-on. Cet univers valorise l’individu et accroît effectivement notre espace de liberté, mais il encourage aussi le repli sur soi et de nouveaux esclavages: ces millions de gens qui se regardent vivre sur Facebook, qui draguent exclusivement sur Internet par peur d’une rencontre sentimentale tangible, qui s’expriment sur tout et sur rien, qui documentent leur vacuité en temps réel ou presque… Zappa, ce compositeur si avant-gardiste et très perfectionniste, aurait aujourd’hui la nausée devant la e-médiocrité », écrit encore Marsan qui nous fait découvrir un être pour qui la gauche ou la droite n’avait aucun sens et pour qui la médiocrité ou la cupidité ne tardait pas à apparaître, peu importe la voie choisie.

Bon, bien sûr, Zappa aurait fait une excellent blogueur et nous n’en sommes qu’à spéculer quant à sa position idéologique sur le Web. N’empêche, comme le souligne Marsan, les problèmes sociaux sont les mêmes:  « Nous communiquons de plus en plus par bidules interposés, mais la société ne gagne pas en intelligence; Internet fragmente tout et nous laisse en déficit de sens. »

Un article à lire et relire…