Quand les mères tiennent le fort (deuxième partie)

Au cœur des traditions familiales, des mères qui s’échinent à créer le merveilleux.

 

Photo: Andrew Grinton

Il y a tant à dire sur la question des rituels familiaux, surtout avec le temps des fêtes qui arrive à grands pas. Pour la gourmande que je suis, qui dit Noël dit les délicieux beignes de ma mère. En fait, il s’agit de la recette de ma grand-mère. Si je ne m’abuse, elle la tenait de sa propre mère à elle, mon arrière-grand-mère, que je n’ai pas eu la chance de connaître (ce qui n’est peut-être pas plus mal, car, selon ma mère, c’était une femme froide, sévère et intimidante).

Eh oui, même si chaque année nous apporte son lot de terribles nouvelles, il y a encore quelques rares choses auxquelles on peut se fier. Malgré les attentats que l’on ne compte malheureusement plus, le climat légèrement apocalyptique et les nombreuses et décourageantes sorties du pantin à la chevelure d’épi de maïs qui tient lieu de président du pays d’en dessous, une chose demeure pour moi certaine, rassurante, presque immuable: le 24 décembre au soir, nous clorons notre réveillon de Noël en nous délectant des beignes de ma mère, réchauffés au petit four pour les rendre bien craquants, puis saupoudrés de sucre blanc.

Il en est ainsi du plus loin que je me souvienne et je souhaite que cela demeure le plus longtemps possible encore.

Je sais bien qu’éventuellement cette tâche pourrait me revenir, tant de confectionner les beignes que de recevoir pour le réveillon. D’ailleurs, j’ai déjà la recette en ma possession, je pourrais très bien m’y essayer… éventuellement.

Mais voilà, il y a péril en la demeure: je n’ai pas d’enfant. Toute bonne et belle chose ayant une fin, avec moi s’arrêtera fort probablement la transmission de cette tradition, à moins que mes neveux ou ma nièce ne s’y mettent…

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Comme par magie…

Ces précieux rituels, ces souvenirs magiques de notre enfance, ces délicieuses traditions, tout cela ne tombe pas du ciel.

Dans les familles hétéroparentales, tant le sucre à la crème du jour de l’an, le gâteau d’anniversaire marbré ou les guimauves grillées sur le feu en camping sont encore, bien souvent, le fruit du labeur de planification effectué par les mères.

Ces petites choses aimées, semblant aller de soi, s’inscrivent dans les tâches et responsabilités parentales, qu’on qualifie désormais de charge mentale, où elles s’ajoutent à tout le reste.

Et ce n’est pas tout, car à toute cette planification, il faut ajouter le labeur de maintenir le lien avec la parenté, tel que vu dans mon précédent billet pré-temps des fêtes. Le travail invisible des femmes lié aux rituels familiaux déborde donc du travail domestique et de la sphère intime de la famille immédiate.

Un p’tit merci? Un gros même!

Les modèles familiaux sont désormais multiples, que l’on pense aux familles monoparentales ou homoparentales. Il demeure, au sein de la majorité des familles, que le travail de planification des rituels familiaux et du maintien des liens avec la parenté étendue est encore bien souvent l’apanage des femmes.

Et comme il y a loin de la coupe aux lèvres en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, il importe, en attendant, de reconnaître ce travail invisible et de cesser de le tenir pour acquis.

Pourquoi ne pas commencer tout simplement en exprimant notre gratitude à la mesure du labeur accompli par toutes celles qui s’évertuent à nous garder unis grâce aux rituels qui nous réconfortent et qui ajoutent à notre bien-être?

Je vous souhaite de tes joyeuses Fêtes et une merveilleuse année 2019! J’ai bien hâte d’avoir le bonheur de vous retrouver!

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante, chroniqueuse et conférencière. Elle est aussi l’animatrice à la barre du magazine culturel Nous sommes la ville à l’antenne de MAtv. Elleblogueégalement pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme (Leméac éditeur), dont la version anglaise – MOTHERHOOD, The Mother of All Sexism (Baraka Books) – vient d’être publiée.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

 

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