Blogue La course et la vie

Indignités de course

Parce qu'un coureur est d’abord un corps.

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Avertissement. Ce billet pourrait ne pas convenir aux âmes sensibles.

 

Amis coureurs, nous allons causer « fluides corporels », arrêts impromptus dans les toilettes chimiques, et autres indignités de course.

On ne s’en sort pas, un coureur est d’abord un corps.

En temps normal, le corps s’exprime. Généralement, il le fait avec grâce et dignité.

Pensez Mozart, petite musique de nuit et autres délicates manifestations.

Dans l’effort, le corps s’exprime aussi. Plus fort. En version « gras surligné, pédale dans le plancher, amplis dans le tapis ».  Et plus il est dans l’effort, plus il monte le volume.

Pensez Metallica, Slayer, Eric Lapointe.

Certes, il y a une belle émotion dans tant de beauté brute, mais comment dire… Ce n’est pas tout à fait ça du côté de la grâce et de la dignité.

Pensez « accouchement ».

Voyez ?

Ah. Je le savais que vous auriez des images.

Sur les photos – toutes magnifiques, il va sans dire – on voit le bébé une fois lavé, emmailloté, dans les bras de maman un peu fatiguée, mais rayonnante.

Dieu merci, on ne voit pas le reste.

Une course c’est pareil. On voit l’après, les gens qui mordent dans leur médaille, les joues roses et le sourire éclatant.

Dieu merci, on vous épargne le reste.

Mais il existe.

La gestion des fluides nasaux pendant une course où il fait un peu frais, par exemple. Ça coule, ça coule, évidemment on n’a pas de kleenex ou alors juste un et il est déjà tout déchiqueté, que faire ?

Il y a la technique dite « de l’armée » : on se bouche une narine et on souffle fort, d’un coup sec, de l’autre. Oui, c’est dégueulasse, ce n’est pas moi qui vous dirai le contraire. Cette pratique est d’avantage pratiquée par les hommes que par les femmes d’ailleurs, et certains auraient intérêt à vérifier qu’il n’y ait personne à côté avant de lancer leurs projectiles.

Ensuite, il y a la course juste derrière quelqu’un qui est un fervent convaincu des vertus (réelles) des légumineuses. Certes pleines de fer. Mais comment dire ?

On ne le dira pas.

Il  y a la fréquentation assidue de toutes les toilettes publiques sur les routes urbaines de nos entraînements. Pour peu qu’on suive un horaire à peu près fixe, les gérants de restaurants nous reconnaissent, et ils nous accueillent d’un sourire narquois : « Alors, comment ça va l’entraînement » ?

Hein ? Super. Trop gentil de vous informer.

Messieurs, dames de la restauration, vous qui ouvrez vos toilettes aux coureurs, soyez en remerciés jusqu’à la fin des temps. Et pour vous manifester notre reconnaissance, nous allons de ce pas vous acheter un jus, un muffin, même si on ne le mange pas. Par pure gratitude.

On court en pleine nature? Eh bien, il faut faire avec l’arrière d’une grange, un verger accueillant ou les sous-bois qu’on croyait déserts (hélas… quand ce n’est pas une mouffette curieuse, c’est parfois trois randonneurs crampés).

Et puis, alors qu’une toilette chimique était la chose où vous aviez juré ne jamais mettre les pieds sauf sous la menace d’un terroriste (et encore), elle devient tout à coup votre meilleure amie.

Si, si.

J’ai des souvenirs émus d’avoir eu dans mon champ de vision la proverbiale petite cabane de plastique bleu. Ma chérie, enfin te voilà !

La championne Uta Pippig a terminé un marathon en ayant ses règles devant les caméras du monde entier. Gênant? Certainement. Et en même temps, c’est étrangement émouvant. Un corps, c’est aussi ça…

Voyons le bon côté des choses. Trois fois envie de pipi juste avant le départ d’une course, ce n’est plus de la nervosité, c’est un abonnement à la file interminable devant les toilettes et un tas de nouveaux amis qui savent déjà tout ce qu’il y a à savoir sur l’état de votre vessie.

Ça crée des liens.

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