Blogue La course et la vie

Se comparer

L’autre court plus vite, mais encore?

Geneviève Lefebvre

Geneviève Lefebvre

En course à pied (et dans la vie) on entend souvent « qu’il ne faut pas se comparer ».  Ça part généralement d’un bon sentiment, celui de quelqu’un qui cherche à nous encourager quand on se trouve « poche ».

On hoche la tête avec sagesse, pendant trois secondes on se fait croire qu’on partage l’ADN du Dalaï Lama, et puis, POUF, la belle résolution s’écrase.

Que ce soit pour se désoler ou pour se rassurer, on se compare.

Et c’est tout à fait normal.

Il paraît que c’est un truc limbique, qui remonte aux cavernes et qui a tout à voir avec l’instinct de survie, du style ; « si je cours plus vite que lui, je tuerai l’antilope avant, et le repas de mes enfants est assuré pour trois semaines ».

Genre.

Je sais pas pour vous, mais pour ma part, juste mettre un pied devant l’autre sur plusieurs kilomètres demande déjà toute mon énergie. S’il faut en plus que j’aspire à la zénitude suprême du Dalaï Lama, oubliez-moi, je n’y arriverai pas.

En course à pieds (et dans la vie, bis), ce n’est pas de comparer notre performance à celle des autres qui est un problème, c’est de la comparer sur un seul critère ; le chrono.

L’autre court plus (ou moins) vite, certes, mais encore ?

Mille et un facteurs entrent en ligne de compte dans notre amélioration, notre vitesse,  notre assiduité, et au final, notre performance. Nos corps, notre santé, notre poids, notre âge, notre expérience de course, notre tempérament.

Dans l’inévitable comparaison, il faut prendre tous ces facteurs en considération et y ajouter nos circonstances de vie.

Entre la coureuse qui a de jeunes enfants et celle qui vient de voir les siens quitter la maison, il y a un monde (et souvent plus de facilité pour la seconde à caser un entraînement dans l’horaire).

Il se peut que derrière des progrès qui tardent à se manifester, il y ait une surcharge de travail, des horaires imprévisibles, des déplacements qui compliquent les choses, un nouvel amour qui a envie d’exulter.

Il se peut aussi que derrière une progression spectaculaire, il y ait un divorce si douloureux que seule cette fuite dans la course parvienne à apaiser un peu la peine…

Chacun fait comme il peut, avec ce qu’il a, à ce moment précis de sa vie.

Et comme personne n’a la même vie, la performance devrait s’évaluer sur le coefficient de difficultés avec lequel chaque personne doit composer avant même de se rendre au simple geste de chausser ses runnings.

Comparons nous avec intelligence, en tenant compte de toutes nos circonstances de vie, et en se félicitant chaque fois d’être allé courir « malgré tout ».

Haut les cœurs, les championnes !

PS. Pour ma part, je continue de me comparer à ces dames de 70 ans (et plus…) qui insistent pour courir plus vite que moi. Elles me bottent le derrière comme vous ne pouvez pas vous imaginer !

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