Club de lecture

Avoir un club de lecture, c’est tendance!

On y discute littérature tout en passant un bon moment entre copines. Les clubs de lecture ne datent pas d’hier, mais ils sont plus actuels que jamais.

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Le Superwomen Book Club

En 2003, une recherche Google avec les mots clés « book club » produisait 424 000 résultats. Aujourd’hui ? Trente millions ! Propulsé par Oprah Winfrey il y a 20 ans, le phénomène des clubs de lecture n’a cessé de prendre de l’ampleur. Les sœurs Catherine et Sophie Fouron ont fondé le leur il y a 18 ans, en approchant chacune deux amies. Au fil du temps, les liens se sont resserrés. « On a de la difficulté à quitter le groupe, avoue Sophie, animatrice télé. J’ai déjà assuré ma présence au téléphone, de l’hôpital, alors que je venais d’accoucher. C’est une bouffée d’air frais, une thérapie de groupe. À une époque, on laissait les bébés avec les pères ! Le book club, c’était sacré. »

Depuis 1996, elles ont lu un Harry Potter, des œuvres de Laferrière, Yourcenar, Süskind, Levy et même le décrié 50 Shades of Grey. « On choisit le livre à tour de rôle, dit Sophie. Au début, je proposais beaucoup de classiques, comme La case de l’oncle Tom. »

Un hasard ? L’auteure de ce roman, Harriet Beecher Stowe, compte parmi les premières personnes à participer à des book clubs dans la Nouvelle-Angleterre du 19e siècle. « Dès les années 1830, Stowe fut invitée au Semi-Colon Club, un club littéraire de Cincinnati, qui réunissait les plus beaux esprits de l’époque, tant hommes que femmes, scientifiques qu’intellectuels, raconte Carole Lamoureux, professeure de littérature à l’Université de Sherbrooke et animatrice de plusieurs clubs de lecture. Cela dit, La case de l’oncle Tom, d’abord paru en feuilleton en 1851 et qui a suscité maintes controverses autour de la question de l’esclavage, jusqu’à l’éclatement de la guerre de Sécession en 1861, n’a pas des qualités littéraires exceptionnelles. L’impact du livre est d’abord politique. »

À Paris, les salons littéraires – presque toujours tenus par des femmes – ont débuté dans des maisons privées dès le 17e siècle. Chez la marquise de Rambouillet, Corneille, Madame de Sévigné et Malherbe causaient littérature et donnaient leur opinion sur tout !

Chez nous, des groupes se seraient formés davantage après la Première Guerre mondiale. « Mais c’est vraiment devenu une pratique depuis 20 ou 25 ans, poursuit Carole Lamoureux. Et ça s’est démocratisé, car beaucoup d’activités ont été organisées dans les bibliothèques pour les nouveaux arrivants, notamment. Ça ne concerne plus seulement la bourgeoisie. »

Au-delà de l’analyse de l’œuvre lue, il y a le moment passé entre amies. « Au départ, j’ai formé un club de lecture pour rencontrer des gens inspirants », confie Natalie Brown, conseillère juridique principale chez Desjardins et fondatrice, en 2013, du Superwomen Book Club, dont font partie l’éditrice de Châtelaine (Sophie Banford) et la rédactrice de ces lignes, ainsi qu’une dizaine de professionnelles dans la quarantaine. « C’est une occasion de se voir, de causer féminisme. En deux ans, c’est aussi devenu un lieu pour s’échanger des références et appuyer les autres ! » Et, avouons-le, traiter de sujets coquins. Ce qui se dit au Superwomen Book Club y reste !

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« J’arrivais d’Espagne et je me sentais isolée, raconte pour sa part Allison Ready, enseignante. Avec une amie, j’ai formé il y a 10 ans un club de lecture qui réunit des expatriés. Ça me pousse à lire davantage, mais c’est le côté social de l’activité qui prime. »

Les règles de ces réunions sont souvent strictes. « Je m’attends à ce que la personne qui s’occupe de la rencontre dirige la conversation, arrive avec des sujets connexes d’actualité et que le livre soit le point de départ d’un riche échange », dit Natalie Brown.

Faut-il ab-so-lu-ment avoir dévoré l’œuvre au complet ? « On n’arrive pas toujours à le faire, admet Sophie Fouron. Le plus important, c’est que toutes les filles soient présentes. »

« Lors des rencontres que j’anime, on peut n’avoir lu qu’un chapitre ou quelques pages. C’est l’acte de lecture qui importe, dit Carole Lamoureux. On doit avoir un regard esthétique sur le bouquin. Mais l’œuvre doit avoir une profondeur suffisante pour susciter différentes interprétations. On ne travaille pas du Danielle Steel ! »

Bref, si chaque club a ses règles, tous ont en commun un ingrédient : le plaisir.