Livre du mois : Le livre d'Aron de Jim Shepard

La critique a encensé ce nouveau roman de Jim Shepard, qualifié de « petit chef-d’œuvre ». Découvrez ce qu’en ont pensé les membres de notre Club de lecture.

 

LIVRE_TEXTEL’histoire

1940. La vie quotidienne dans le ghetto de Varsovie relatée par un garçon de neuf ans. La cruauté de la Gestapo se raffine chaque jour, l’étau se referme sur les familles juives, brisées par la maladie, la famine, leur dignité piétinée. L’air « parfaitement inoffensif » d’Aron lui permet de survivre grâce à des combines souvent risquées et, surtout, à la présence du « Vieux Docteur », véritable ange gardien des enfants.

Les personnages

Aron, gamin lunatique et sensible qui adore sa maman ; débrouillard et courageux par la force des choses. Ses camarades d’infortune : fillettes rêvant de « patates frites à l’huile », petits caïds vivant de magouilles. Janusz Korczak, pseudonyme du docteur Henryk Goldszmit, pédiatre, pédagogue et écrivain né en 1878, ayant consacré ses dernières années à recueillir les jeunes abandonnés dans son orphelinat du ghetto.

Pourquoi le lire

La barbarie est là. Indéniable, insoutenable, inhumaine. Exposée sans pathos, à hauteur d’un enfant partagé entre incompréhension et élan vital. Mais la bonté pure est aussi présente, incarnée par ce médecin héroïque, personnage ayant existé et dont la vie a inspiré plusieurs livres, et le film Korczak, du cinéaste Andrzej Wajda (1990).

L’auteur

Photo: Barry Goldstein

Jim Shepard est né au Connecticut en 1956. Professeur de création littéraire. Ses romans (Le livre d’Aron est son septième) et ses nouvelles s’appuient souvent sur des faits historiques, comme le recueil Like You’d Understand, Anyway, qui comprend des histoires sur la tragédie nucléaire de Tchernobyl et le tremblement de terre en Alaska en 1964. Récompensé à plusieurs reprises, Jim Shepard est considéré par le New York Magazine comme « l’un des meilleurs écrivains inconnus » dans son pays.

Éditions de l’Olivier, 240 pages. Traduction de Madeleine Nasalik.

POUR LIRE UN EXTRAIT DU ROMAN LE LIVRE D’ARON

Les critiques du Club de lecture Châtelaine

SoniagrattonSonia Gratton

J’ai aimé : Même si on a l’impression d’avoir lu mille fois sur le sujet, le roman apporte une autre pierre à l’immense mosaïque de l’Holocauste dans notre mémoire collective, avec en prime un personnage historique plus grand que nature en Janusz Korczak. La montée dramatique lente et efficace. La bonté, la force et l’imperfection des personnages. La vision honnête et complexe de la culture juive, son humour et sa dureté. Le style, direct, très pur, très beau. Les personnages d’enfants qui ne sont pas traités avec une fausse naïveté, en commençant par le narrateur. Et les derniers mots, relus plusieurs fois à travers mes larmes, qui vont résonner longtemps en moi. Un livre qui donne envie de vivre, d’aimer et de pardonner.

J’ai moins aimé : Il y a beaucoup de mots ou d’expressions en yiddish, et j’aurais apprécié des traductions en bas de page.

Ma note sur 10 : 10

isabellegoupilsormanyIsabelle Goupil-Sormany

J’ai aimé : Aron est un petit garnement aux fréquentations douteuses mais qui s’avèrent justement son plus grand atout. En temps de guerre, c’est un allié, un survivant et une ressource pour sa communauté. Il est influençable mais pour le mieux, compte tenu de l’horreur qui émerge autour de lui et qui devient de plus en plus oppressante. Sa générosité est sincère et j’ai apprécié toutes les nuances que nous propose l’auteur face à cet enfant mieux adapté à la situation que quiconque. Certains éléments factuels sont touchants de vérité: les poux, la hiérarchie de la police, la jeunesse et son désir de relations humaines. Les liens entre les personnages qui tentent de survivre à une situation toujours plus noire nous montrent toute l’absurdité de la guerre. Un point de vue très pertinent. Captivant.

J’ai moins aimé : La traduction rend-elle vraiment justice au niveau de langage et à la maturité d’un jeune ado? Les critiques anglophones semblent décrire une écriture incroyablement juste. Je n’ai pas eu quant à moi l’impression de retrouver cette qualité en lisant le roman.

Autres commentaires : Le ghetto de Varsovie et son horreur ont fait l’objet de nombreuses descriptions, films et livres. Les points de vue offerts par la littérature contemporaine sont aussi nombreux. Durant toute la première partie, j’avais l’impression d’évoluer en terre connue et j’étais toujours dans l’anticipation du pire, l’année 1942! Elle arrive… L’histoire ne se réécrira pas. J’avoue donc avoir abordé la lecture en étant «blindée», incapable de m’attacher. Ce n’est que dans la deuxième partie du roman, avec les orphelins de Korczak, que j’ai ouvert un peu plus mon cœur et pu comprendre toute la portée du roman, mais surtout son originalité.

Ma note sur 10 : 8

NathalieThibault

Nathalie Thibault

J’ai aimé : Il est de ces livres qu’on ne peut pas ne pas aimer. Il est de ces livres qu’on craint de rouvrir. Il est de ces drames historiques qui ancrent des douleurs collectives profondes. Je suppose que Le livre d’Aron fait partie de ces ouvrages qui relatent une réalité atroce. La police jaune, la police bleue, les bons qui ferment les yeux sur les trafics essentiels à la survie et les moins bons qui cherchent le pouvoir. La création du ghetto de Varsovie sous nos yeux est intolérable étant donné l’issue que l’on connaît. La culture de la débrouillardise que l’on salue, mais qui comme mère nous déçoit et qui comme père nous emplit de fierté. L’inévitable orphelinat où on trouve un peu d’humanité et où les enfants ont des droits, celui d’exister mais aussi celui de se tromper. L’écriture vive sert l’urgence des situations propres aux grands moments de terreur.

J’ai moins aimé : Les personnages se multiplient au détriment de leur approfondissement. On est concerné par leur destin, mais pas en tant qu’individu, en tant que peuple. Et durement, ce livre nous ramène à l’actualité!

Ma note sur 10 : 8,5

Anja_DjogoAnja Djogo

J’ai aimé : Le style simple et prenant de Jim Shepard, qui traduit bien l’horreur de la guerre sans toutefois être trop pathétique. Il arrive à transmettre avec justesse l’univers d’un garçon qui n’est ni héros ni victime, mais simplement un enfant qui essaie de survivre dans des circonstances brutales.

J’ai moins aimé : Écrire sur la Seconde Guerre mondiale de nos jours après que tant de grandes œuvres se furent penchées sur le sujet est un pari risqué. Ce livre ne révolutionne peut-être pas le genre mais l’authenticité du ton vaut quand même le détour.

Autres commentaires : J’ai été surprise d’apprendre à la toute fin que le Dr Janusz Korczak avait réellement existé. Le fait de savoir qu’à travers tant d’horreur des gens bons ont continué de lutter pour les plus faibles redonne foi en l’humanité!

Ma note sur 10 : 8

francegiguereFrance Giguère

J’ai aimé : Cette plongée très réaliste dans le ghetto de Varsovie, vue et racontée par un enfant de neuf ans, qui donne une autre dimension à un sujet maintes fois visité. L’horreur du ghetto est bien rendue, tout y est: appartements surpeuplés, conditions de vie misérables avec typhus et poux qui sévissent, problème de faim et trafic de nourriture par les enfants, exécutions sommaires, disparitions, police, etc. J’ai également trouvé intéressant que l’auteur introduise Korcsak, qui a réellement existé et qui s’occupait des orphelins du ghetto, même si, parfois, il avait l’air d’être plaqué là pour servir le romancier.

J’ai moins aimé : J’ai lu ce livre sans passion ni réel intérêt. Est-ce parce que le sujet a été traité tellement de fois? Reste que le travail pour notre mémoire collective est bien fait et le récit bien ficelé.

Ma note sur 10 : 7

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Marie-Claude Rioux

J’ai aimé : L’originalité du roman tient au fait que Jim Shepard a choisi de raconter, par la voix d’un gamin, la vie quotidienne dans le ghetto de Varsovie. Ce regard à hauteur d’enfance permet de montrer une autre facette de cette sordide réalité. J’ai aussi aimé découvrir, par la fiction, un moment de la vie de Janusz Korczak, ce pédiatre qui a pris sous son aile une poignée d’orphelins. Le style de Jim Shepard, très accrocheur, allège la dureté du sujet.

J’ai moins aimé : La brièveté du roman. J’aurais voulu en lire davantage, suivre Janusz Korczak et sa bande d’enfants encore une bonne centaine de pages, même si on connaît d’avance la fin tragique.

Ma note sur 10 : 9

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Christian Azzam

J’ai aimé : Que l’auteur confie la narration de son roman à un enfant de huit ans en lui faisant raconter une histoire vraie, difficile et terriblement triste. Avec de tels ingrédients réunis, voilà que l’on se retrouve avec un livre marquant, inoubliable. On pourrait penser que le sujet est épuisé tant les œuvres ayant abordé l’Holocauste sont innombrables. Or, Le livre d’Aron se démarque par la voix singulière de ce petit garçon sans ressource qui se retrouve seul avec son désespoir et qui doit affronter de nombreuses épreuves dans le ghetto de Varsovie. L’histoire est d’autant plus touchante que la lecture des remerciements à la fin nous apprend que Jim Shepard s’est documenté et qu’il a cherché à demeurer fidèle aux faits, notamment en retraçant le parcours de cet être exceptionnel qu’était Janusz Korczak, alias Pan Doktor. La manière avec laquelle l’auteur livre ce récit a grand style, la langue est haute en couleur et cela rend notre expérience de lecture encore plus satisfaisante.

J’ai moins aimé : La densité du texte est parfois telle que certains passages deviennent indigestes, mais cela reste l’exception. On retiendra au contraire qu’en dépit de la lourdeur du sujet la lecture demeure facile et l’auteur arrive même à nous tirer un sourire à l’occasion.

Ma note sur 10 : 8

Raphaelle-Lambert

Raphaëlle Lambert

J’ai aimé : Le style, l’écriture au je, le ton un peu détaché, décalé, limite simplet d’Aron, le personnage principal. Découvrir que Janusz Korczak a réellement existé, qu’il a lutté toute sa vie pour les droits des enfants. La débrouille des enfants pour tenter d’améliorer leur sort malgré l’oppression grandissante et de plus en plus étouffante dans le ghetto.

J’ai moins aimé : Lire une autre version de cette page de l’Histoire, l’horreur qu’on connaît tous, la fin qu’on connaît tous aussi… Savoir que la finale a réellement eu lieu, c’est franchement déprimant.

Autres commentaires : J’ai eu l’impression de naviguer entre Anne Frank et Holden Caulfield de L’attrape-cœur (The Catcher in the Rye), par le sujet et par la forme. Il y a tout de même des moments où on sourit, avec le regard sur sa vie que porte Aron, ses bêtises portées par une certaine candeur, son désir d’être meilleur…

Ma note sur 10 : 8,5

SandrineDesbiens

Sandrine Desbiens

J’ai aimé : Ouf… C’est l’onomatopée qu’on peut émettre en lisant le résumé du Livre d’Aron. On se dit : encore un roman qui dépeint la difficulté de l’enfance pendant l’Holocauste ! À première vue, l’histoire ne sort pas de l’ordinaire car elle semble partir du même point que La voleuse de livres ou encore Le journal d’Anne Frank (un incontournable) mêlant les sujets de l’enfance, la Seconde Guerre mondiale, la découverte de nouveaux horizons, un enfant faisant face à des problèmes autres que ceux de l’enfance et l’amitié enfant-adulte.

J’aime bien comment l’auteur nous tient en haleine en n’inscrivant aucune date et âge (pratiquement) pour nous empêcher de deviner s’ils seront libérés (1945) ou non. Cependant, le livre nous surprend. Il explore les décisions d’un gamin incompris et sous-estimé. L’histoire se tient bien malgré ses 200 pages. De plus, la vérité crue des enfants est surprenante et bien appliquée à chaque personnage. Pour ceux qui n’aiment pas lire des événements choquants, l’auteur sait très bien les rendre «inoffensifs» à travers les yeux d’un enfant.

J’ai moins aimé : Le rôle superficiel du directeur de l’orphelinat au début de l’histoire mais qui devient un personnage central à 50 pages de la fin, et que le livre lui soit en partie dédié. Le rôle de la mère est lui aussi crucial malgré l’absence de grands dialogues. De plus, l’auteur donne au personnage de la mère une grande sagesse, mais a la mauvaise habitude de ne pas expliquer les avertissements ou les conseils prodigués par celle-ci. Également, je ne me suis pas attachée au personnage principal parce qu’il ne démontre pas de profondeur, simplement une première pensée qu’il exécute sans aller plus loin.

Ma note sur 10 : 7,5

Livre du mois précédent: Serafim et Claire de Mark Lavorato

 

 

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