Douce détresse, de Anna Leventhal

Anglo-Canadienne et Montréalaise d’adoption, Anna Leventhal a été saluée à la parution de Sweet Affliction. Superbement traduit, Douce détresse est une belle découverte !

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Découvrez les premières pages du livre

Les histoires

Il y en a 15, toutes excellentes, plantées surtout à Montréal – le 1er juillet, jour traditionnel du déménagement. Aussi à Winnipeg – souvenirs d’adolescence lors d’une visite mémorable au musée. Placées sous le signe d’un hasard farfelu, elles mettent en scène la vie, saisie dans ces instants intangibles qui transforment une existence. L’auteure y parle de maladie et de mort sur un ton déjanté et fataliste, d’amours menacées, d’amitiés durables…

Les personnages

Angela, Stacey, Lynnie, Alex, Marcus, Abby et les autres. Ils composent une faune de marginaux sympathiques qu’on apprend à connaître au fil des pages et qu’on retrouve quelques nouvelles et quelques années plus loin, plusieurs histoires se recoupant. Un fils en rupture avec sa famille bourgeoise veille son rat mourant et lui offre une sépulture digne de son attachement pour lui. Un chevreuil surgi de la nuit sur le mont Royal fera diversion et permettra peut-être à un couple d’éviter le divorce… 

On aime

La traduction impeccable de Daniel Grenier – qui a choisi d’utiliser la langue française québécoise, « montréalaise bilingue parlée », précise-t-il –, en parfaite adéquation avec le climat du livre. L’humour, subtil autant que grinçant, qui donne le ton à chacun des récits.

L’auteure

Anna Leventhal

Photo: Isabelle Lafontaine
Photo: Isabelle Lafontaine

Anna Leventhal est née en Ontario en 1979 et a grandi à Winnipeg, où, dit-elle, elle a fait ses premières expériences. « C’est un détail important qui me définit en tant que personne. » En 1997, elle étudie à la maîtriseen communication à l’Université McGill et, depuis, elle vit à Montréal, dans La Petite-Patrie. Fascinée par la ville, elle aime ses balcons (« Il y en a peu à Winnipeg »). On peut la croiser chez le pâtissier-glacier Kem CoBa (rue Fairmount), dont elle adore la glace au café, ou à la librairie Drawn & Quarterly (rue Bernard). Elle collabore à plusieurs publications (Geist, Montreal Review of Books) et est très présente sur la scène littéraire anglophone. Comme ses personnages, elle a fait mille petits boulots : concierge, vendeuse, professeure de danse. Elle est aujourd’hui écrivaine… et barmaid. Marchand de feuilles, 296 pages

Les critiques

1- Philippe Garon

philippegaron

Ce que j’ai aimé : tout d’abord, l’objet. Marchand de feuilles a le don de proposer des livres soignés. Le choix du carton et du papier qui sent bon, les coins élégamment arrondis, le titre soigneusement doré, la typographie confortable, la mise en page idoine. Ensuite, la parole de Leventhal. Ou plutôt, de l’auteure et de son traducteur, puisque, à défaut de savoir si Daniel Grenier bonifie le style d’origine, on peut dire qu’il le supporte à tout le moins avec brio. De l’anecdotique et du singulier, ce tandem réussit à offrir des portraits et des observations d’une sagacité déstabilisante. Et tout cela en sachant nous faire confiance comme lecteurs, en laissant des trous ici et là, en prenant soin de ne pas tout nous révéler. Là où semble régner la mécanique glauque et schizophrénique de la modernité, de petites fleurs lumineuses percent le béton. L’écriture de Leventhal propose une musique tranquillement triomphale.

Ce que j’ai moins aimé : le titre et le texte de la quatrième de couverture (qui n’est pas mal du tout, mais on me demande ce que j’ai moins aimé, alors il faut bien que je trouve quelque chose !)

Ma note : 8/10

 

2- Julie Gagnon

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Ce que j’ai aimé : la variété des personnages et leurs caractéristiques dans certaines histoires, qui procurent quelques moments jubilatoires. L’effort pour créer une belle diversité de situations est également appréciable et l’objet (le livre) en lui-même est magnifique !

Ce que j’ai moins aimé : les thèmes abordés ne m’ont pas tellement intéressée et le livre m’est littéralement tombé des mains plus d’une fois en raison du manque de fil conducteur entre les chapitres.  C’est une structure qui, en général, ne me plaît pas.

Ma note : 5//0

 

 

3- Émilie Côté

emiliecote Ce que j’ai aimé : la façon dont l’auteure a ancré ses personnages dans le moment présent. Ils sont sans passé et sans avenir. Elle nous présente une parcelle de leur vie sans point de départ ni point final, un peu comme une photographie.

Ce que j’ai moins aimé : étant donné le style utilisé par l’auteure, lorsque les personnages reviennent d’une nouvelle à une autre, ça brise parfois le rythme, et le fil de l’histoire devient plus difficile à suivre.

Ma note : 8/10

Autres commentaires : l’auteure nous emmène dans toute une gamme d’émotions, avec beaucoup d’humour noir. Ses histoires sont tendres et mordantes, drôles et ironiques, mais ont toujours comme point de départ la vulnérabilité de l’être humain et sa façon de faire face aux épreuves en continuant d’avancer. Les nouvelles « Cavalier, passe ton chemin » et « Un hostie de câlisse de gâteau » sont les plus réussies selon moi.

 

4- France Giguère

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Ce que j’ai aimé : l’originalité de certaines des histoires, notamment « Premier juillet », de style futuriste, ou « Un hostie de câlisse de gâteau », avec cette belle montée de lait du personnage principal. Mais c’est aussi le défaut de l’auteure, car certaines histoires s’allongent inutilement et prennent des détours, comme si elle voulait absolument leur donner une tournure originale.

Ce que j’ai moins aimé : l’impression de fourre-tout. L’auteure a voulu réunir certaines histoires par des personnages qu’on retrouve au fil des pages. Sauf que d’autres n’ont aucun lien avec ces personnages et semblent avoir été plaquées là. Résultat : j’étais un peu perdue et j’ai mis du temps à m’y retrouver, surtout avec une liseuse. Pour apprécier, il a fallu que je reprenne rapidement chaque histoire, ce qui n’est pas l’effet recherché quand on lit.

Ma note : 7/10

Autres commentaires : une plume à surveiller. Et chapeau pour l’excellente traduction de Daniel Grenier.

 

5- Marielle Gamache

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Ce que j’ai aimé : les jeux de mots qui allègent les propos ténébreux, les personnages « colorés » teintés de réalisme, certaines histoires plus accrocheuses.

Ce que j’ai moins aimé : le fait qu’il s’agisse d’une série de nouvelles m’a plutôt déroutée. Plusieurs d’entre elles m’ont interpellée et j’aurais aimé pouvoir m’installer confortablement dans l’une ou l’autre, et en ressortir sur une finale bien établie.

Ma note : 7,5/10

Autres commentaires : c’est une œuvre audacieuse. Bâtir un livre à partir de plusieurs histoires et les relier entre elles, cela relève d’un réel talent. L’originalité est là. Les lecteurs qui aiment le genre prendront plaisir à lire et même à relire cet ouvrage afin d’en percevoir toute l’essence.

 

6- Yannick Ollassa

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Ce que j’ai aimé : j’ai apprécié l’humour sarcastique, parfois même caustique. L’auteure souligne l’aspect ironique que peut avoir l’existence humaine. Aussi que les épreuves peuvent révéler la grande force des individus.

Ce que j’ai moins aimé : le ton plutôt uniforme des nouvelles. On arrive difficilement à discerner les caractères différents des personnages. Un peu comme dans un album de musique dont toutes les chansons se ressemblent.

Ma note : 7/10

Autres commentaires : ce sont des nouvelles résolument urbaines qui racontent les malheurs ordinaires, et quelques-uns moins ordinaires, de citoyens montréalais. L’humour noir de l’auteure laisse au lecteur une certitude : l’humour et l’autodérision sont des clés pour passer au travers des épreuves. Je m’en voudrais de ne pas souligner l’excellent travail de traduction de Daniel Grenier.

 

7- Isabelle Goupil-Sormany

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Ce que j’ai aimé : certaines situations du quotidien sont brillantes et riches en réflexions. Quelques chapitres intermèdes décrivent admirablement bien l’absurdité de la vie. D’autres nourrissent le cynisme de façon dynamique.

Ce que j’ai moins aimé : la lecture demande beaucoup d’attention. Au départ, il y a trop de personnages, trop de bruit, trop de situations, trop de cynisme. Pour apprécier le livre, il faut l’aborder comme un recueil de nouvelles. L’auteure nous offre ainsi des instantanés du quotidien, avec des protagonistes qui reviennent selon différents moments et différentes perspectives. Toutefois, je n’ai jamais réussi à m’intéresser aux personnages, parfois trop caricaturaux, trop déprimés, sans espoir. Même les optimistes s’enlisent dans des situations impossibles. J’ai fini par en abandonner la lecture studieuse pour me dépêcher de tourner les pages, lassée par le côté profondément pathétique de l’hyperréalisme du texte. Je suis une optimiste de nature.

Ma note : 6/10

Autres commentaires : j’ai lu ce recueil sur ma tablette électronique. Très mauvaise idée. En effet, en raison des nombreux rappels entre les personnages et les situations au gré des pages, il aurait été intéressant de revenir de temps à autre en arrière, pour mieux s’attacher à ceux qui survivent d’un chapitre à l’autre. Sans la possibilité d’allers-retours faciles entre les histoires, comme dans un livre papier, le lecteur oublie un peu le profil des personnages, qui ne peuvent s’ancrer dans son esprit. Dommage.

 

8- Stéphanie Vincent

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Ce que j’ai aimé : l’insertion d’éléments complètement loufoques au premier abord, mais qui nous font réfléchir ; les pointes ironiques ; le fil conducteur qui unit les récits ; le travail de traduction.

Ce que j’ai moins aimé : certaines nouvelles qui semblaient un peu forcées ou dont le sujet ne m’a pas touchée autant que d’autres, même si l’inégalité des textes fait à mon sens partie d’un recueil de ce genre.

Ma note : 7,5/10

Autres commentaires : un recueil de nouvelles sympathique et divertissant, qui porte par ailleurs un regard critique sur notre société. Se lit facilement à petites doses ou tout d’un coup.

 

9- Gabrielle Paquette

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Ce que j’ai aimé : j’ai d’abord été séduite par la beauté de l’objet ; l’esthétisme de la couverture et le format du livre m’ont tout de suite donné le goût de l’ouvrir. Les textes courts et expressifs m’ont permis de faire la lecture à mon amoureux sans que ce soit ardu – beaucoup de fous rires et de belles découvertes lors de cette expérience. Finalement, la lecture en solo m’a permis d’aborder plus intimement les personnages, leurs histoires et leurs drames personnels, en découvrant les liens qui les unissent d’un texte à l’autre. L’écriture est agréable et accessible, le rythme et les mots servent bien le propos, et j’adore les fins ouvertes. Chapeau à l’auteure et à son traducteur.

Ce que j’ai moins aimé : rien ne m’a irritée ou déplu.

Ma note : 8/10

 

10- Stéfannie Larichelière

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Ce que j’ai aimé : la ligne imaginaire est mince entre les personnages des nouvelles de Leventhal et le lecteur – moi. J’y ai ri beaucoup et j’ai eu l’impression à quelques reprises d’avoir assisté à la mise en scène des récits ! J’ai aimé l’authenticité des histoires, l’urbanité des sujets et l’écriture follement humoristique…

Ce que j’ai moins aimé : bien, rien, vraiment ! Certaines nouvelles m’ont peut-être moins touchée, mais rien ne m’a déplu.

Autres commentaires : encore !

Ma note : 9/10

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