Club de lecture

Marie-Sissi Labrèche : ma vie en 5 livres

Les suggestions de l'auteure de Borderline.

 Auteure de romans coups de poing dont Borderline (Boréal), elle lançait récemment Amour et autres violences, un recueil de nouvelles « pour lecteurs avertis ». Marie-Sissi est elle-même une lectrice émérite.

Cendrillon (1697)
J’ai neuf ans. C’est l’été. J’ai chaud mais je reste emmitouflée dans ma couverture rose bonbon et je lis et relis Cendrillon dans une sorte de BD. Identification totale avec la blonde. Moi aussi, j’espère un jour faire un come-back démentiel et montrer au monde entier que je peux être quelqu’un. Ce conte de Charles Perrault a agi sur moi comme ces livres de psycho-pop qui servent à nous motiver. En plus, il a teinté mon imaginaire d’auteure?; les références aux contes de fées sont souvent présentes dans mes romans.

 

 

 


La grosse femme d’à côté est enceinte(1978)
J’ai 17 ans. Je suis dans la roulotte de mon beau-père et il y a un livre qui traîne. Le seul. Mon amie Martine, la tough de l’école, s’en empare et le dévore. Elle me dit que je devrais le lire, que c’est super bon. Le meilleur conseil qu’on m’ait jamais donné. Dès les pre­mières phrases, je sais que je serai écrivaine.
Michel Tremblay m’a montré qu’on pouvait faire de l’art avec le quotidien, avec du banal, rendre une langue populaire ultra-poétique. Faire du beau avec du laid.

 

 

 

 

 

L’invitée(1943)
J’ai 19 ans, je suis au cégep dans un cours de poésie et un garçon me drague. C’est un junkie d’Outremont qui a de la cul­ture. Il m’offre L’invitée de Simone de Beauvoir. Choc. Elle écrit sur l’existence et ses foutues questions, sur ce qu’on rate quand on n’existe pas (dans tous les sens possibles), sur la condition d’être femme, sur les choix qui sont souvent durs à faire, sur la liberté, sur le goût de la vie. Je lirai tout Simone de Beauvoir. L’invitée raconte l’histoire d’un trio amoureux. Il est inspiré de sa vie, comme presque tous ses livres.

 

 

 

 

L’avalée des avalés(1966)
J’ai 24 ans. C’est la troisième fois que je m’essaie à la lecture de L’avalée. Je ne comprends pas ceux qui s’excitent sur ce livre. En tout cas. Je lis. Uppercut à l’estomac. Je dis de ce roman et du Nez qui voque qu’ils ont été mes Martha Stewart de l’âme. Ils m’ont aidée non seulement à vivre, mais aussi à développer ma liberté dans l’écriture. Grâce à Réjean Ducharme, j’ai appris qu’on pouvait jouer avec la langue, avec les idées, qu’on pouvait injecter de l’humour dans la tragédie. Et être des terroristes des mots.

 

 

 

 


Asiles de fous (2005)
J’ai 35 ans. J’habite en Suisse. Je m’ennuie royalement. Alors, je lis comme une folle. Je me rends fréquemment chez Payot, seule librairie du coin, qui vend supercher. Je tombe sur Asiles de fous, en réduction de 20 %. Lis l’extrait derrière?: «… toutes les familles sont des asiles de fous». Non mais, cet auteur a tout compris. À travers cette histoire de famille débile où toutes les voix se chevauchent, Régis Jauffret, un Français, creuse la folie des personnages avec une inventivité que je n’ai jamais lue nulle part. C’est mon héros.

 

 

 

 

 

Le livre que Marie-Sissi Labrèche lit en ce moment
« Je lis toujours plusieurs livres à la fois. Présentement, c’est D’acier, de Silvia Avallone. L’histoire de deux adolescentes dans les cités industrielles de l’Italie. J’y vais à petites doses, car c’est une belle écriture. Et, même si je peine à avancer, Mal d’enfant, d’Elizabeth George. Un polar selon moi pas très réussi. Je suis rendue au milieu et je ne pourrais même pas dire de quoi ça parle exactement. Pourtant, j’adore les romans policiers et en particulier ceux d’Elizabeth George. Mais là, bof. On dirait qu’elle l’a écrit pour payer des dettes! Aussi, je viens de terminer Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson. Eh que j’aime les pays scandinaves! Leurs créateurs ont le vent dans les voiles, même si elles sont pleines de frimas. L’auteur à l’imagination débordante a créé un héros centenaire flamboyant qui a une vie hors du commun jusqu’à la fin du récit. C’est drôle, plein de surprises. On ne s’ennuie pas une minute. »

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