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Stéphane Laporte: ma vie en 5 livres

Le chroniqueur-vedette de La Presse aime les livres. Voici ses incontournables.

Crédit photo: Productions J

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Astérix et Cléopâtre (1965)

En 1965, j’avais quatre ans, et ma tante Marie-Laure, que j’adorais, est revenue de France avec cet album. Je me suis blotti dans ses bras et elle me l’a lu en interprétant tous les personnages de Goscinny, le plus grand auteur de bédés qui ait jamais existé selon moi. Je considère La zizanie comme son chef-d’œuvre. Ma tante trouvait le texte très drôle ; j’ai alors compris que des mots écrits pouvaient faire rire et j’ai eu envie d’en écrire à mon tour. Même devenu un grand tata de 12 ans, je me collais encore sur tante Marie-Laure et on lisait Astérix ensemble.

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L’étranger (1942)

Je l’avais eu comme lecture obligatoire au secondaire, et je l’ai relu ensuite. Le génie de Camus : avoir su décrire un être sur lequel la vie n’a aucune emprise avec une qualité d’écriture hors du commun. Ça commence avec l’absence de sentiments de Meursault, le narrateur, devant la mort de sa mère. Puis survient le meurtre de l’Arabe sur la plage, qu’il a commis et pour lequel il n’éprouve aucun regret… L’étranger du titre n’est pas l’autre, l’Arabe, mais Meursault, car il est étranger à lui-même.

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Le Petit Prince (1943)

Notre maison à Notre-Dame-de-Grâce était bourrée de livres – dont celui-ci d’Antoine de Saint-Exupéry, que j’ai lu vers sept ans. Des gens qualifient Le Petit Prince de fleur bleue, mais ils ne l’ont pas vraiment lu, je crois. C’est l’histoire weird, presque surréaliste, d’un enfant dans le désert qui demande à un pilote d’avion « Dessine-moi un mouton ». Quelqu’un lui fait une boîte avec plein de clés, et, à la fin, le garçon se fait mordre par le serpent et retourne sur sa planète. On est loin de Disney. La phrase « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » reste la meilleure façon de décrire le monde d’aujourd’hui. C’est un conte sur la différence.

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Odyssée (8e siècle av. J.-C.)

Enfant, j’étais un lecteur compulsif ; j’aimais discuter avec les adultes aux repas et, pour être à la hauteur, je m’aventurais à huit ou neuf ans dans des livres comme Option Québec, de René Lévesque. Mon cousin Martin me trouvait ben bizarre avec ces bouquins sur le quai, l’été, au lac des Français. C’est vers 11 ans que j’ai lu la plus grande des histoires : Homère y raconte le voyage d’Ulysse qui retourne chez lui, à Ithaque, après 20 ans. Toutes les sagas partent de là. Depuis, même si j’ai beaucoup voyagé, je ne suis jamais allé en Grèce et j’en rêve.

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Paroles (1946)

À 15 ou 16 ans, j’aimais écrire des poèmes pour séduire les filles. Et ce recueil m’en a sûrement donné le goût. On pense parfois que la poésie de Jacques Prévert, c’est léger. Bien au contraire ! Dans ses textes, il y a comme une folie triste, du désespoir et des mots simples qui te transpercent. À l’automne, je ne peux pas me promener avec ma blonde sans penser à « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle / Tu vois, je n’ai pas oublié… ».

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