La façon dont on parle du poids change pour le mieux…

Maureen Halushak, rédactrice en chef de la version anglaise de Châtelaine, gauche, et l’autrice et Sandra Elia avec Parlons Obésité. La photo: George Pimentel
La façon dont on parle du poids – en particulier celui des femmes, avouons-le – a toujours été complexe et truffée de malentendus. La surabondance des messages vantant tel régime et imposant un idéal corporel à atteindre peut finir par épuiser. Si vous souffrez d’obésité ou avez un physique plus robuste, cette attention portée au poids peut être néfaste.
La santé est une affaire personnelle. Amorcer une démarche de gestion du poids peut être intimidant et s’accompagner de honte. Heureusement, des recherches sérieuses ont été menées sur les mécanismes biologiques liés au poids. Et la science a conclu sans l’ombre d’un doute que l'obésité est une maladie, et qu'elle exige donc respect, soins spécialisés et traitements.
Pour étayer tout ça de faits vécus et d’expériences concrètes, Maureen Halushak, rédactrice en chef de la version anglaise de Châtelaine, a organisé un panel de discussion composé de médecins et de militants spécialisés dans le traitement de l'obésité, et de créateurs de contenu santé et de mode de vie. La journaliste torontoise Tracy Moore a assuré l’animation de cette table ronde.

Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur les récentes découvertes scientifiques à propos du poids et sur la façon dont nous pouvons tous contribuer à changer les perceptions sur ce qu’est un corps sain.
Les liens biologiques entre le corps et le cerveau
Il y a cinq ou dix ans à peine, les médecins disposaient de moins d'outils scientifiques dans le domaine de la gestion du poids. Mais tout n’est pas gagné. Il faut poursuivre les recherches pour modifier les perceptions à propos de l’obésité, car il existe des causes biologiques qui jouent sur le poids de chacun.
«Nous savons désormais que l'obésité est une maladie, que des signaux provenant de différentes parties du corps agissent sur le cerveau et que la prédisposition à prendre du poids est en grande partie génétique», explique la Dre Rachel Batterham, vice-présidente principale des affaires médicales internationales de Lilly et professeur spécialisée en obésité, en diabète et en endocrinologie à l'University College de Londres. «Nous comprenons maintenant le fonctionnement des circuits de régulation de l'appétit dans le cerveau et nous pouvons les cibler pour que le cerveau cesse d’être obsédé par à la nourriture.»
L’environnement, le stress et le manque de sommeil, entre autres, influencent aussi le poids. Il faut donc cesser de croire que l’on peut le contrôler simplement en y mettant un peu d’effort. «Comprendre que l'obésité est une maladie aide vraiment les patients», ajoute la Dre Betterham. «Ils sont nombreux à se reprocher leur prise de poids, comme s'ils pouvaient y remédier eux-mêmes du jour au lendemain. C'est pourquoi on doit considérer l'obésité comme un problème de santé qui mérite une prise en charge holistique, un diagnostic clair et un traitement couvert par l’assurance-maladie.»

Faire mieux connaître ce message peut contribuer à atténuer l'anxiété que ressentent certains patients quand vient le temps d’aborder la question de leur poids avec leur professionnel de la santé.
Promouvoir le dialogue
Si les médecins commencent à parler des avancées scientifiques sur le poids, les médias jouent aussi leur rôle. «Châtelaine existe depuis 97 ans», dit Maureen Halushak. «Cela fait donc 97 ans que nous parlons du poids, de manière tantôt positive, tantôt négative.» Elle souligne un changement de ton du magazine survenu autour de 2018: l’obsession pour la réduction de la graisse abdominale a cédé la place à la reconnaissance du fait que les régimes amaigrissants ne fonctionnent pas et rendent tout le monde malheureux. «Aujourd'hui, nous sommes fières d’appuyer notre contenu santé sur la science, et nous nous assurons de la crédibilité de tous nos experts, précise la rédactrice en chef. Notre objectif est de sans cesse nous améliorer.»
Dès son plus jeune âge, Sandra Elia a subi l'influence des médias sur l'image corporelle. «Pendant des décennies, nous avons toutes été exposées à répétition à des messages et des images vantant les régimes amaigrissants. Ce discours s’est enraciné en nous», dit l’autrice de Never Enough: Three Pillars of Food Addiction Recovery (non traduit en français) et présidente du conseil d'administration de Parlons Obésité, un groupe de pression visant à modifier le discours entourant l'obésité. «J'ai commencé à y être exposée à huit ans. Mon cerveau était une éponge, j'ai tout absorbé.» Aujourd’hui, reprogrammer son cerveau est un travail quotidien. C'est la raison pour laquelle elle défend avec tant de passion les personnes vivant avec l'obésité.
«J'encourage les gens à dissocier leur estime de soi de leur poids, explique-t-elle. Pourquoi on ne mangerait pas simplement pour être en santé et pour avoir de l’énergie? Et pourquoi on ne ferait pas de l’exercice juste pour le plaisir?»
La Dre Sasha High, fondatrice et directrice générale de la clinique High Metabolic, à Mississauga, en Ontario, est une médecin spécialiste de l'obésité. Sa mission première: souligner les différences biologiques qui existent entre les personnes. Ce qui fonctionne pour quelqu’un peut ne pas fonctionner pour un autre, et c'est normal. Le hic, c’est que cela mène au grand malentendu à propos de la volonté. Certaines personnes sont convaincues qu'elles peuvent se ressaisir et se contrôler. «Or, nous ne sommes pas toutes sur le même pied d'égalité sur le plan biologique. Une personne dont le poids est demeuré stable pendant toute sa vie ne reçoit pas les mêmes messages de ses circuits cérébraux.»
Cheminer vers l'acceptation de soi
Parlons Obésité met de l’avant un concept appelé «acceptation du poids» auquel Sandra Elia adhère pleinement. «Nous croyons qu'il est possible d'aimer et d'accepter son corps tout en souhaitant bénéficier d'un traitement de gestion du poids. Les deux ne sont pas incompatibles», dit-elle. «L'acceptation du poids signifie que nous respectons et valorisons la personne peu importe son poids, que nous donnons la priorité à la santé et au bonheur plutôt qu'à un chiffre sur le pèse-personne.»
Les femmes se sont fait dire d'accepter leur corps, d'être positives, fières. Tout cela est valable, tout comme les émotions plus négatives. La façon dont on se sent par rapport à notre poids évolue sans cesse, mais l'important est de continuer d’avancer, de se fier à la science, aux experts et aux médias qui tentent d'apporter un vrai changement.
Alors, quel est le secret pour ne plus céder au discours ambiant? «L'acceptation de soi», lance Sandra Elia sous les applaudissements de l’auditoire présent à la rencontre. «Et plus important encore, il y a l'amour de soi, car l'amour donne de l'énergie.»

