Ronde, et alors?

Et les hommes taille plus, dans tout ça?

Que ressentent les hommes taille plus? Se sentent-ils interpellés par la lutte pour la diversité corporelle? Notre chroniqueuse Joanie Pietracupa se pose la question.

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Pendant longtemps, j’ai cru que la bataille pour la diversité corporelle était une affaire de femmes. Que ces histoires de culte de la minceur, d’obsession des régimes et de fascination pour l’apparence physique ne touchaient que la gent féminine. Que le manque de confiance ou d’estime de soi était directement lié à la présence d’œstrogènes dans le corps humain. Que seules les filles étaient aussi compétitives face à leur beauté, capables de lancer les meilleures insultes à leurs prochaines et de ressentir les pires émotions face à leur propre silhouette (jalousie, tristesse, déception, alouette).

Pourquoi? Pas parce que j’étais naïve ou stupide. Pas parce que j’admirais les hommes et que je dévalorisais les femmes, non plus. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours milité pour l’égalité des sexes et encouragé mes amies à s’aimer, à se dépasser et à tout gagner. Non, pas pour ces raisons-là. Pourquoi, alors? Parce que c’est ce que ma vie m’avait appris jusqu’ici.

J’ai grandi entourée d’hommes beaux, grands et forts. Confiants, imposants, presque intimidants. Mon père, mes amis, mes chums, la plupart de mes collègues. Des gars sûrs d’eux, qui ne se remettaient pas en question et qui ne prêtaient pas tant d’attention à leur reflet dans le miroir. Des gars assurés et inspirants, comme faits d’une autre étoffe ou appartenant à une autre espèce. D’eux, j’ai entre autres appris à voir plus loin que l’enveloppe et à arrêter de trop penser (à mon propre nombril, notamment).

Les femmes de mon entourage, elles, étaient aussi magnifiques, épanouies et lumineuses. Mes meilleures copines et ma mère la première. Sauf qu’elles souffraient toutes du même mal: elles ne le savaient pas. Les compliments passaient comme des étoiles filantes au-dessus de leurs têtes: trop beaux pour être vrais et vite oubliés. Elles se jugeaient, se soumettaient à des tonnes de nouvelles diètes et de routines au gym, se dépréciaient et sentaient vivre leur beauté dans le regard des autres seulement. D’elles, j’ai entre autres appris à être humble et tendre avec moi et, surtout, avec les autres, et à travailler fort pour retrouver ma confiance perdue quelque part au fil du temps.

Channing Tatum sur la couverture de GQ

Channing Tatum sur la couverture de GQ

Ce n’est que récemment que je me suis mise à penser à tous ces hommes aux ventres rebondis et aux fesses arrondies, véritables dad bods version XL sur deux pattes. Se sentent-ils comme moi, femme ronde de ce monde? Ont-ils de bonnes journées où, tout frais sortis de chez le barbier ou tout simplement levés du bon pied, ils se trouvent hot avec (et non malgré) leurs courbes? Ont-ils de mauvaises passes où, après avoir entendu une critique face à leur poids ou tenté en vain d’acheter un pantalon qui leur va bien, ils se mettent à détester leur corps en silence? Ont-ils parfois envie de sortir jogger et de se nourrir de laitue après avoir feuilleté un magazine GQ mettant en vedette les abdos de Chris Pratt ou les biceps de Channing Tatum? Ont-ils parfois un malaise à l’idée de se montrer en maillot sur une plage ou de suivre un cours de yoga entourés d’êtres flexibles et filiformes? Sont-ils gênés de se présenter à une première date Tinder ou de se dénuder lors de la première nuit passée à deux?

Je pense à tous ces hommes taille plus en me disant que non, ça ne doit pas toujours être facile d’habiter un corps rond dans un monde fait de gros muscles – et d’en plus devoir faire comme si on s’en fout vu qu’on est un mec. À quand le hashtag #IAmSizeSexy pour lui? À quand le vrai mouvement de la diversité corporelle pour tous?

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