Inder Bedi, pionnier québécois de la mode durable

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer BEDI ?
J’étais frustré après l’aventure Matt & Nat, que j’ai vendu en 2013, car son succès m’a un peu dépassé. Cela a engendré une délocalisation en Asie, inévitable pour répondre à la demande et maintenir des prix bon marché, mais j’avais l’impression d’avoir perdu le contrôle. C’était devenu trop gros.
Après avoir pris un peu de recul, en 2019, j’ai créé BEDI pour revenir à une production locale et élever ma définition de la mode durable à un niveau supérieur en créant des pièces à partir de matériaux recyclés. J’ai commencé par faire des sacoches avec du cuir récupéré sur d’anciens sièges d’avions Air Canada puis des manteaux dont la toile est composée d’anciens filets de pêche recyclés.
Pourquoi avoir choisi de rester dans le secteur de la mode ?
Parce que j’y avais déjà 20 années d’expérience. C’est drôle, quand on y pense, car rien ne m’y prédestinait. J’ai étudié le marketing à l’Université Concordia et je voulais m’inscrire dans une école de droit. J’ai bâti le plan d’affaires de Matt & Nat pour un travail de fin de session et ce qui ne devait être qu’un projet fictif est finalement devenu concret.
Quelles leçons avez-vous tirées de l’aventure Matt & Nat pour optimiser celle de BEDI ?
Tout fabriquer ici est très important pour moi. Ça me permet de m’assurer en personne de la qualité des pièces, que tous mes partenaires soient justement rémunérés et puis ça minimise notre empreinte carbone.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les matériaux qui composent les pièces BEDI ?
J’essaie d’utiliser un maximum de matières recyclées comme le cuir de vieux sièges Air Canada pour faire nos sacs. Il faut des mois de recherches et de discussions avant de conclure une entente avec un fournisseur qui partage mes valeurs. L’Econyl®, qui est la toile qui compose nos manteaux, est fabriqué en Italie avec des filets de pêches récupérés au fond de l’océan. L’ISOSOFT®, qui assure leur isolation, est une ouate faite de matériaux recyclés en Belgique.
Qu’est-ce qui vous inspire pour créer les designs de vos produits ?
J’observe les gens et j’analyse leurs besoins pour créer des pièces utilitaires et fonctionnelles. Les designs minimalistes et les tons neutres rappellent les inspirations scandinaves et japonaises que notre clientèle apprécie. On peut les porter longtemps sans s’en lasser.
L’industrie de la mode est à la croisée des chemins après la pandémie qui l’a mise à mal. Comment peut-elle se réinventer en étant plus durable, plus écologique ?
Le marketing est un outil très puissant qui arrivera toujours à nous convaincre d’acheter de nouvelles choses. Et les entreprises ont des limites financières à ce qu’elles peuvent faire pour l'environnement. La seule solution est entre les mains des consommateurs. C’est à eux de faire les meilleurs choix possibles, de s’intéresser aux origines de ce qu’ils achètent et de voir qu’un tee-shirt fait en Chine à 5 $ ne répond évidemment pas à des normes de fabrication durables.
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Chloé Machillot collabore avec le magazine Châtelaine. La mode et l'art de vivre sont ses thèmes de prédilection et c'est depuis la ville de New York, où elle vit désormais, qu'elle en surveille les dernières tendances. Durant son temps libre, elle aime cuisiner et aller danser.

