Mode

La mode dans le sang

Derrière plusieurs grosses pointures de la mode d’ici se cache une famille tricotée serré. Portraits de cinq filles branchées tombées très jeunes dans la potion du style.



 

Cristelle Basmaji
31 ans, directrice des communications chez Jacob

1977. Joey Basmaji imagine un nouvel avenir pour la mercerie familiale, fondée par son père à Sorel dans les années 1960. En duo avec Odette, sa future épouse, il jette les bases de ce qui deviendra Jacob, l’un des plus importants détaillants de vêtements pour femmes au pays. Et ce n’est qu’en 2009 que débarque dans l’entreprise leur fille unique, Cristelle, avec une maîtrise en relations publiques d’une université américaine. La jeune femme s’active depuis à faire rayonner dans les médias cette marque moderne et intemporelle, et à soutenir ses activités caritatives.

Un souvenir lié à l’entreprise
«En 1986, ma mère a créé la division Jacob Jr. – aujourd’hui fermée – parce qu’elle avait du mal à trouver des vêtements pour fillettes à son goût. Je lui ai en quelque sorte servi de muse. J’ai eu le grand bonheur de l’accompagner dans ses voyages d’affaires, où je jouais les mannequins.»

Son style perso
«Professionnel, moderne et féminin. J’aime mélanger des vêtements classiques avec des pièces décontractées. Un jean skinny avec une veste structurée, par exemple. Comme je ne porte que des vêtements Jacob, mon péché mignon, ce sont les chaussures! Des escarpins colorés ou pimentés de détails fifille comme une boucle ou des brillants, j’adore!»

L’article qui modernisera la garde-robe ce printemps?
«Une veste classique taillée dans une matière de couleur vitaminée comme bleu électrique ou fuchsia. C’est une pièce qui donne une nouvelle vie au jean blanc ou à la petite robe noire. Sinon, je dirais qu’il faut absolument mettre la main sur une robe pastel pour l’été.»


 

Faye Mamarbachi
34 ans, directrice du marketing chez m0851

Le cuir est indissociable de m0851, une griffe de maroquinerie d’ici (connue au départ sous le nom de Rugby). Cette année marque le 25e anniversaire de ce label fondé par Frédéric Mamarbachi – d’où m0851, pour sa date de naissance –, le papa de Faye. Au fil des ans, il a su créer des collections d’accessoires réduites à l’essentiel, loin des excentricités tapageuses et des détails superflus. Cette envie de simplicité et d’authenticité, il l’a transmise à sa fille, qui a elle aussi le cuir dans la peau. Elle perpétue la tradition d’excellence de la maison, reconnue de Paris à Taipei, de New York à Vancouver.

Un souvenir lié à l’entreprise
«Très jeune, j’essayais de reproduire – en les calquant – les croquis de mon père. J’aurais tellement voulu avoir son coup de crayon!»

Son style perso
«Classique et décontracté. J’aime les contrastes de genres style Annie Hall (personnage d’un film de Woody Allen). Je porte des vêtements d’inspiration masculine, un t-shirt ou un cardigan à la garçonne, avec un foulard imprimé très féminin, par exemple. Et comme je cours tout le temps, je préfère les chaussures plates.»

Une anecdote mode

«?Le designer belge Dries Van Noten est un adepte de m0851. De fait, sa boutique à Anvers est voisine de la nôtre et il vient souvent y faire des achats. C’est tout un compliment!»

Un incontournable de la garde-robe?

«Un beau sac à main en cuir. Pour moi, cet article utilitaire est une extension de la personne. Même si j’ai accès à tous les modèles de la collection, je ne veux pas nécessairement avoir celui qui vient de sortir. Je pense que les sacs usés ont plus de charme.»



 

Kinza Nasri
29 ans, directrice artistique

Gabrielle Nasri
24 ans, v.-p. aux opérations de détail chez Ça va de soi

On ne peut s’empêcher de penser que ces deux-là ont été emmitouflées dans le cachemire dès le berceau. C’est que leurs parents, Antoine et Odile, ont créé le label de maille de luxe Ça va de soi à Montréal en 1972, bien avant leur naissance. Aujourd’hui, la marque est synonyme de matières cocon et d’esthétisme sobre et elle rayonne au-delà de nos frontières (on la trouve en Europe, au Japon et aux États-Unis). L’entreprise, qui a pignon sur rue à Montréal, à Ottawa et bientôt à Québec, profite des idées neuves de Kinza et de Gabrielle, les mail­lons de la nouvelle génération.

Un souvenir lié à l’entreprise
«Les bureaux de Ça va de soi étaient comme notre camp de jour pendant les vacances d’été. D’aussi loin qu’on se souvienne, on aidait à l’étiquetage des produits et à l’expédition. On aimait beaucoup s’amuser dans le monte-charge, jusqu’au jour où on est restées bloquées. On a eu peur!»

Leur style perso
«Épuré, simple, classique. À des bases indémodables, comme le pantalon fuseau, le chino, la jupe crayon, la robe fourreau, on associe des tricots Ça va de soi (les seuls hauts que nous avons portés depuis l’adolescence!). En voyage d’affaires, on apporte une robe 24?h en tricot infroissable de Ça va de soi. À porter seule, en tunique sur un legging, sous une veste boyfriend ou un cardigan…

Un article dans lequel investir

«?Un pull à col en V en laine fine, un vêtement quatre saisons qui se coordonne avec des pièces chics ou décontractées. On le portera à même la peau, mais il permet aussi les superpositions.»



 

Julia Brownstein
30 ans, acheteuse principale chez Browns

Benjamin Brownstein, le patriarche, a ouvert le premier magasin de chaussures Browns rue Sainte-Catherine, à Montréal, dans les années 1940. L’adresse a ensuite pris son envol grâce au fils, Morton – le grand-papa de Julia (aujourd’hui âgé de 84 ans et qui vient encore chaque semaine au bureau!). Pionnier, Morton a été l’un des premiers en Amérique du Nord à faire traverser l’océan à des créateurs de chaussures tels que Salvatore Ferragamo, Bruno Magli et Charles Jourdan. Quant à Julia, inspirée par le goût du beau qui lui vient de sa famille, elle a fait des études de mode à New York et un stage chez le légendaire Manolo Blahnik. Depuis 2005, elle choisit les collections de chaussures féminines pour la quarantaine de boutiques de la chaîne.

Un souvenir lié à l’entreprise
«Quand mon père rentrait d’un voyage d’affaires, il rapportait des polaroïds représentant les modèles de chaussures qu’il comptait acheter pour ses boutiques. Il me demandait mon avis et j’adorais ça… J’avais 7 ou 8 ans.»

Son style perso

«Féminin et rock’n’roll. J’aime ce qui est girly, comme les imprimés floraux, les détails des boucles, les brillants?; mais je craque aussi pour les jeans troués et les vestes en cuir. Mes bottes d’armée garnies de paillettes rose pâle signées Miss Sixty illustrent bien la dualité de mon look.»

Un incontournable de la garde-robe?

«À mon avis, on peut se permettre d’investir dans une minaudière imprimée ou bijoutée. C’est un sac à main classique qui illuminera la petite robe noire à l’heure du cocktail, mais qui se portera tout autant, de manière décontractée, avec un jean.»