Ronde, et alors?

Pour ou contre la semaine de la mode taille plus à Montréal?

Créer une semaine de la mode taille plus à Montréal, est-ce vraiment une bonne idée? Notre chroniqueuse Joanie Pietracupa y réfléchit.

Joanie-bandeau

Ce n’est un secret pour personne: l’industrie de la mode en arrache au Québec. Depuis quelques années, chaque nouvelle saison amène avec elle l’annonce de nouvelles faillites ou fermetures d’enseignes. Bon nombre de marques d’ici tentent de se refaire une beauté (et, surtout, une jeunesse) pour survivre à l’arrivée des géants du «fast-fashion» comme H&M, Forever21 et Zara. Plusieurs autres (dont le groupe Dynamite, Aldo, Simons, Ssense et Frank and Oak) jettent leur dévolu sur le commerce en ligne, que les experts disent être le futur du magasinage. Parallèlement à ça, ne l’oublions pas, l’édition hivernale de la semaine de mode de Montréal (SMM) a tiré sa révérence l’an passé, le Groupe Sensation Mode préférant consacrer son énergie (et son argent) au Festival Mode&Design, qui a lieu à l’extérieur chaque été.

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Quelle ne fut donc pas ma surprise de lire que Montréal accueillera sa première semaine de mode taille plus au printemps prochain. On apprend dans l’article du Huffington Post que l’événement sera organisé par la blogueuse Emily Roy, d’Entre Montréal et New York, qu’il est né d’un désir de rivaliser avec les semaines de mode taille plus du monde entier (dont les plus proéminentes se déroulent à New York et Londres) et qu’on y présentera «des défilés, des salons de vente, des compétitions de style, des conférences et des ateliers d’activité physique destinés aux personnes en surpoids». Du gros et du beau, donc. Du cher, aussi.

Photo: Montreal Plus Fashion Week

Photo: Rose aux joues Photographie

Ne vous méprenez pas: je suis super heureuse d’apprendre cette nouvelle. Tout événement, festival, organisation ou geste qui met en vedette les filles rondes marque des points auprès de moi. Cependant, je me demande un peu si, avec la vague prodiversité corporelle qui déferle partout sur la planète, on s’y prend de la bonne façon ici pour promouvoir les silhouettes de toutes les formes. Il me semble qu’en 2015, on devrait chercher à intégrer les silhouettes atypiques dans la société plutôt qu’à les différencier et à les mettre dans une catégorie à part. Il me semble qu’en 2015, on pourrait reconnaître qu’il existe tant des femmes et des hommes en surpoids que des gens minces, petits, grands, musclés, bedonnants, alouette. On aurait peut-être pu essayer de créer un volet taille plus lors du prochain Festival Mode&Design, pour que les filles plus voluptueuses aient l’impression de faire partie de la même communauté et d’être elles aussi des clientes importantes aux yeux de l’industrie de la mode au Québec.

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Mais, comme je l’affirme toujours, il faut bien commencer quelque part et ça, ce n’est pas chose évidente ni facile. Surtout quand il est question de rondeurs et d’inclusion. Je lève donc mon chapeau aux femmes derrière cette initiative, Emily Roy la première, et je leur souffle un gros «merde». Ça prend du cran et beaucoup de courage, de dévouement et de passion pour bâtir quelque chose de cette envergure sur la planète mode, là où tout semble s’écrouler, ces temps-ci. Et ça, ce sont des qualités dont notre monde manque cruellement, par les temps qui courent. Alors «merde» et aussi bravo. Un petit pas pour la femme, un grand pas pour la communauté taille plus, comme on dit!

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