Tendances

Pas grano, la mode écolo

L’écologie affiche son côté glamour grâce aux jeunes designers de mode.

Quand Annie de Grandmont dit qu’elle dirige une boutique de vêtements écologiques, on lui demande souvent à la blague si elle vend des robes en terre cuite. Elle lève les yeux au ciel plus qu’elle ne rit. « Ces personnes ont un préjugé. Elles présument qu’il s’agit de vêtements de piètre qualité. » À la boutique La Gaillarde, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, la jeune gestionnaire s’emploie à donner ses lettres de noblesse à cette mode nouveau genre et prouve qu’on peut s’habiller sans déplumer la planète.

Qu’est-ce exactement que la mode écolo ? Ce peut être plusieurs choses. D’abord, des vêtements faits de matériaux moins dommageables pour l’environnement. Du coton biologique, par exemple. Les cultures de coton traditionnelles utilisent 25 % des insecticides et 10 % des pesticides épandus sur les champs de la planète. Et c’est sans compter les produits chimiques utilisés dans la transformation de la fibre. Les t-shirts de coton « ordinaire » en gardent d’ailleurs des traces. Du Brésil au Pakistan, de petites coopératives de coton écolo et équitable commencent à voir le jour.


 

Des marques montréalaises comme NKI (New Kind of Industry) ou Oöm Ethikwear sont des pionnières en matière de mise en valeur du coton biologique. On retrouve leurs t-shirts de style urbain sur le dos de nombreux jeunes professionnels branchés.

La mode écolo, ce sont aussi des vêtements créés à partir de tissus et de matériaux récupérés. Nous sommes déjà plusieurs à porter les patchworks de Myco Anna. La styliste de Québec assemble de vieux lainages et tissus et leur donne une nouvelle vie. La designer Mariouche Gagné, derrière les collections Harricana, remodèle quant à elle les manteaux de fourrure de nos grands-mères pour en faire des sacs à main, des coussins ou des manteaux sport.


 

Autre coup de cœur : les robes de la designer Geneviève Genest, confectionnées à partir de vieilles cravates de soie ; les chandails signés Supayana, dont les cols sont ornés de manches de chemises récupérées ; ou encore les créations de Denim3, qui mettent à profit les retailles des fabricants de jeans. L’idée est toujours la même : s’inscrire en faux contre la trop courte durée de vie utile des vêtements et leur donner un second souffle, avec style et confort.

On peut dénicher ces créations dans divers points de vente au Québec. Plusieurs sont répertoriés dans le Guide du vêtement responsable (Équiterre) ou sur des sites Internet spécialisés comme www.vousetesici.ca (sous l’onglet « Designers Réc’UP ») et www.ethiquette.ca.


 

La boutique La Gaillarde, par exemple, met en vedette une dizaine de créateurs écolos. À chaque étalage, Annie de Grandmont retourne les vêtements pour me montrer les coutures du revers. Toujours impeccables. « Nous sommes très exigeants quant à la qualité. La dernière chose que nous voulons, c’est de donner une mauvaise réputation à la mode écologique. »

Une foule d’accessoires accompagnent les vêtements de mode écolos. La boîte Cyclus fabrique des sacs à partir de chambres à air ou de ceintures de sécurité de voitures envoyées à la casse. Dana-Marie Dal Bo et Mary-Anne Petrella, qui ont fondé Misssoka, font mouche avec des boutons de manchettes ornés de touches de clavier ou de pièces de scrabble.

Pour les purs et durs, cependant, la meilleure façon de réduire l’empreinte écologique de sa garde-robe reste la réduction à la source. En 2003, selon Équiterre, un Québécois moyen achetait 23 kilos de vêtements neufs par année et en envoyait 21 kilos au rebut. Dure, dure pour la planète, la dictature de la mode !

Une solution ? Le cours Comment recycler sa garde-robe, offert à la boutique La Gaillarde. On apprend à convertir un pantalon désuet en jupe dernier cri ou à remettre au goût du jour un vieux t-shirt trop ample. Toutes à nos machines à coudre !

L’auteure est ingénieure chimiste et journaliste scientifique, spécialisée en environnement.