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Chronique

Chronique: la solidarité féminine à l’ère de la polarisation

Quand tout semble appeler à la réaction immédiate, choisir la nuance devient presque un acte militant, croit notre chroniqueuse Marilyse Hamelin. Une réflexion personnelle sur nos désaccords, nos angles morts et la possibilité de faire mieux.
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Marilyse Hamelin

Marilyse Hamelin. Photo: Justine Latour

Dans un monde qui se durcit, les opinions se campent, les réactions deviennent épidermiques et les interactions, parfois agressives. Au moindre faux pas d’une idole, on la rejette et la jette. En 2017, j’y ai moi-même contribué en m’en prenant, sur mon blogue, à une féministe incontournable – Francine Pelletier, pour ne pas la nommer – parce qu’à mes yeux, elle ne comprenait pas le phénomène MeToo, alors émergent.

Puis, j’ai été l’arroseuse arrosée, à l’hiver 2020, le soir du Super Bowl. Après avoir regardé le spectacle de la mi-temps, donné par Jennifer Lopez et Shakira, j’ai voulu dénoncer sur Facebook la pression exercée en faveur de la minceur. Maladroitement, je l’admets. « Super Bowl : se bourrer la face en attendant de vénérer à la mi-temps des femmes qui n’ont pas pris un vrai repas depuis des semaines » (statut controversé, je sais…). Cette publication m’a plutôt fait passer pour une grossophobe raciste et antiféministe, et j’en passe. J’ai reçu une pluie d’insultes, qui a duré des jours. C’est aussi ça, la « magie » des réseaux dits sociaux.

Peut-être est-ce parce que j’avance en âge, mais les gens qui interpellent les autres sur un ton impérieux, leur signifiant que leurs mots sont inacceptables et ne seront pas tolérés – comme je l’ai fait avec Francine Pelletier – m’irritent de plus en plus. Désormais, je choisis plutôt d’adopter une approche axée sur la réflexion plutôt que sur la réaction. Il m’importe d’accueillir l’autre et d’ouvrir le dialogue pour comprendre le cheminement de sa pensée. Je crois encore qu’il est possible de construire ensemble un monde sensé, de cultiver une compréhension mutuelle malgré nos différences.

Parmi les insultes que les femmes se lancent, celle qui consiste à traiter l’autre de Pick Me Girl me met particulièrement mal à l’aise. Cette expression sert à désigner des femmes qui cherchent l’approbation des hommes en dénigrant les autres femmes. Le comportement est agaçant, soit. Mais je trouve le terme stigmatisant et dénué de bienveillance. Après tout, en cette ère d’individualisme, comment blâmer une femme dont le premier réflexe (de survie, aurais-je envie d’ajouter) consiste à ne pas jouer en équipe? C’est regrettable, certes, mais aussi prévisible.

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Au lieu de la calomnier, pourquoi ne pas échanger avec elle, dans l’espoir de l’amener à prendre conscience de ses mécanismes de désolidarisation? Prendre le temps de s’écouter les unes les autres et de dédramatiser les désaccords me paraît toujours plus porteur que d’accoler une étiquette infamante ou d’alimenter des factions et des divisions.

Attention : il ne s’agit pas ici de dire que nous, les femmes, sommes toutes vertueuses, mais que nous sommes dans le même vaste bateau, avec nos différences et nos particularités. Alors, aussi bien nous soutenir et éviter de nous tirer dans les pattes.

Rares sont les personnes irrécupérables. C’est pourquoi je préfère tourner mon regard vers les possibles. D’ailleurs, pour vous requinquer la fibre militante, je vous conseille l’écoute de Sœurs de lutte, un balado en quatre épisodes offert sur la plateforme OHdio. Cette série témoigne des conflits historiques entre les Québécoises, mais aussi du courage de celles-ci et de toutes leurs avancées. Un rappel qui fait du bien.

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Écrivaine, éditrice, chroniqueuse et animatrice, entre autres, Marilyse Hamelin a fait paraître en 2023 Une détresse contrôlée (Hamac) et, en 2024, Solitudes, une décennie de réflexions féministes (Somme toute). Elle écrit aussi l’infolettre Quelques mots sur…, qui traite du processus créatif et, plus largement, du milieu littéraire québécois.

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