Politique: les femmes comme dernier rempart

Marilyse Hamelin. Photo: Justine Latour
Écrire sur la joie? En 2025, alors que tout fout le camp? Le thème mis de l’avant par l’équipe de Châtelaine pour ce numéro est audacieux! Résultat: je souffre du syndrome de la page blanche. Me voici paralysée.
Je comprends l’intention de nous requinquer le moral, mais... comment faire? Je ne vis pas à l’extérieur de ce monde de plus en plus dystopique. Je le subis aussi.
À bien y penser, savez-vous ce qui me mettrait en joie? Que celles qui portent sur leurs épaules le sort du monde – et qui sont trop occupées pour prendre d’assaut les sphères du pouvoir – soient enfin consultées et entendues.
Je pense à toutes ces enseignantes, infirmières, travailleuses sociales, préposées aux bénéficiaires... Je pense à elles, ces abonnées au dévouement, qui tiennent nos services sociaux à bout de bras.
Je voudrais que cesse la gouvernance – encore majoritairement masculine – qui nous a menés à des scandales comme ceux d’ArriveCAN et de Phénix, à Ottawa, de SAAQclic et de Northvolt, à Québec.
DÉSILLUSION
Comme elle a été brève, cette période pendant laquelle le fait de décider entre hommes semblait un comportement honteux appartenant à notre passé collectif.
Dès son arrivée au pouvoir, à l’automne 2015, Justin Trudeau créait le tout premier conseil des ministres paritaire de l’histoire du gouvernement fédéral; un geste fort qui promettait d’en finir avec un Parlement à dominance masculine.
À l’époque, le Parlement canadien faisait piètre figure quant au nombre de femmes élues, se classant au 48e rang parmi les Parlements nationaux du monde.
Nous voici une décennie plus tard. Le premier ministre Mark Carney – malgré un cabinet ministériel pratiquement paritaire – a jugé bon d’abolir l’organisme Femmes et Égalité des genres... qu’il a finalement rétabli, les groupes féministes s’étant fortement mobilisés contre sa suppression. Et quel rang occupe actuellement le Parlement canadien en matière de députation féminine? Le 71e!
L’ESPOIR FAIT VIVRE
La journaliste et écrivaine Pascale Navarro vient de publier l’essai Pour une féminisation du pouvoir (Leméac), dans lequel elle déplore que les discours féministes aient été renvoyés dans les marges de la société alors qu’ils sont plus que jamais nécessaires dans le contexte politique occidental de la montée de la droite, menaçante pour les droits des femmes.
Comme l’autrice, je crois qu’une gouvernance davantage féminine serait plus empathique et permettrait de sauver ce qu’il reste de nos services sociaux, derniers remparts contre l’individualisme et la précarité.
Pascale Navarro propose que nos gouvernements fédéral et provincial adoptent une loi sur la parité, obligeant les partis à présenter de 45% à 55% de candidates aux élections afin d’assurer une bonne représentation des femmes au sein des Parlements.
À défaut de ressentir de la joie, j’entretiens l’espoir que cette loi advienne. Il le faut.
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Écrivaine, éditrice, chroniqueuse et animatrice, entre autres, Marilyse Hamelin a fait paraître en 2023 Une détresse contrôlée (Hamac) et, en 2024, Solitudes, une décennie de réflexions féministes (Somme toute). Elle écrit aussi l’infolettre Quelques mots sur…, qui traite du processus créatif et, plus largement, du milieu littéraire québécois.

