Environnement: entre le recyclage et l’indifférence!

Entre ce qui se dit dans le débat sur l’environnement et les gestes réels que l’on pose, il y a un monde… Pas simple à concilier!

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Photo: Esther Tuttle/Unsplash

Samedi matin, j’écoute la radio. L’entrevue porte sur la menace environnementale et je suis aussi perplexe que l’animateur: y a-t-il de l’espoir pour y remédier? Notre été tropical le prouve: même le Québec a été rattrapé par l’impact des changements climatiques!

J’entends néanmoins le filet d’optimisme dans les réponses. Du moins c’est ce que je choisis de retenir! Mais à dire vrai, j’oscille entre le «nous vaincrons» et le «à quoi bon» dans ce troublant débat. Je n’ai qu’à me regarder aller…

À 20 ans, j’avais pour principe «pourquoi exiger plus que ses besoins?», ce qui avait des conséquences un brin écolo. Ma première chicane de couple avec le futur père de nos futurs enfants a d’ailleurs porté sur la taille du logement qui abriterait nos amours! Je trouvais i-nad-mis-sible qu’il envisage quoi que ce soit d’autre qu’un quatre et demi. Qu’on laisse donc aux familles tout ce qui est plus grand! Débat épique qui s’est joliment conclu par un (tout) petit appartement du vert quartier montréalais de Rosemont.

Je me rappelle aussi le regard ahuri du gérant du Distribution aux consommateurs où je travaillais comme vendeuse pour payer mes études. Début décembre, il avait réuni tous les employés pour une séance de «pep-talk» avant les Fêtes. Il fallait mousser les ventes pour dépasser le rendement de l’année précédente, nous avait-il lancé.

«Pourquoi ne pas se contenter de faire pareil?», avais-je candidement demandé. Que plus de bébelles et plus de productivité finissent par mettre la planète et ses humains à terre ne faisait pas partie de l’équation à l’époque. Et je ne comprenais pas le besoin d’ajouter des millions de profits à ceux qui étaient déjà là.

Dans la même veine, notre petite télé noir et blanc remplissait bien ses fonctions à l’appart. Pourquoi la changer? La «p’tite vache» nettoyait mieux que les produits d’entretien qui encombraient les tablettes des magasins, et jamais un essuie-tout n’entrait chez nous puisque le bac à guenilles débordait. Ainsi allaient les débuts de ma vie adulte.

En fait, ç’a même duré un certain temps. Au premier enfant, nous avions pris un service de couches lavables et j’aurais bien voulu que la garderie en fasse autant («penses-y même pas!» avait répondu le coordonnateur en regardant la trâlée de bambins à changer!). À deux enfants, nous n’avions toujours pas de voiture. Ils fréquentaient deux garderies différentes et c’était du sport de les y mener dans les autobus bondés de l’heure de pointe (non, les gens ne laissent pas spontanément leur siège à la maman qui a son petit dans les bras…). Et nous avons cédé au confort d’une mini-fourgonnette seulement quand est arrivé le quatrième bébé (grosse transition au regard de la petite Golf où nous entassions alors nos trois enfants!).

Que me reste-t-il de toute cette bonne volonté? J’ai aujourd’hui deux grandes maisons, j’achète essuie-tout et une myriade de produits ménagers, et notre couple, parents d’enfants envolés du nid, s’imagine mal se passer de la mini-fourgonnette qui loge si bien tout le bric-à-brac qu’on transporte.

Donc, j’ai baissé les bras? Ah non! Je recycle et composte avec soin; je cours les produits locaux au supermarché en y mêlant un peu de bio; j’ai redécouvert les vertus de la corde à linge depuis que l’énergivore sécheuse est tombée en panne à notre maison de Lac-Mégantic; j’applaudis mon époux qui y cultive notre potager.

Aussi, je refuse obstinément qu’on installe un climatiseur à la maison, même si la tentation est grande depuis que Montréal suffoque. L’air climatisé contribuant grandement au réchauffement climatique, je ne vais pas alimenter ce cercle vicieux!

Mais si je résiste, c’est aussi parce que je sais qu’une fois qu’on glisse dans le confort, on ne revient pas en arrière…

En fait, va pour adopter de nouvelles habitudes – surtout quand on m’incite fortement à le faire! Donc, pas de problème pour apporter mes sacs à l’épicerie ni pour utiliser le bac brun qui a un jour été laissé à notre porte pour composter. Et si mes impôts servaient à ce que tous les édifices publics, écoles au premier chef!, soient construits de manière écoresponsable, ça m’importerait peu qu’ils coûtent plus cher.

Mais avoir de l’espace chez soi, parcourir en 15 minutes de voiture ce qui en prend le triple en transport en commun (je parle par expérience!), prendre l’avion à prix réduit… comment y renoncer quand on y a goûté?

Nos élus sont tout aussi accros: besoin des revenus tirés du pétrole, des taxes des résidences érigées sur les terres agricoles, des normes qui font construire vite et pas cher. Pareil pour les actionnaires, aveugles aux dégâts causés, tant que leurs investissements rapportent. Personne ne veut sacrifier ses confortables manières d’être et de faire. Nous sommes désespérants.

Et pourtant, ça bouge un peu! La voiture électrique n’est plus une bizarrerie mais bien l’avenir. Des gouvernements et des constructeurs l’ont compris. La domination du plastique est dénoncée dans les grands médias. Les pressions pro-environnement augmentent et les jeunes montrent la voie: ils sont adeptes du végétarisme, du vélo des friperies et sont moins pressés que leurs aînés d’obtenir leur permis de conduire!

Tout ça fait des brèches dans notre insouciance. Alors je me dis que les petits trous peuvent mener à de larges échancrures. Du moins, j’espère me croire.

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Journaliste depuis plus de 30 ans, Josée Boileau a travaillé dans les plus importants médias du Québec, dont au quotidien Le Devoiroù elle a été éditorialiste et rédactrice en chef. Aujourd’hui, elle chronique, commente, anime, et signe des livres.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

 

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