L'édito

Équité salariale : les femmes méritent mieux

Le marché du travail se moque encore des femmes, surtout celles que l’on juge trop vieilles.

johanne lauzon

 

femme travail edito

Photo : Unsplash

Que vaut le travail des femmes ? Bien peu, si l’on en croit toutes les statistiques portant sur l’écart de revenus qui tarde à être comblé entre les hommes et nous. Petit rappel : cette différence reste de 17 % au pays, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui place le Canada au 38rang des 45 États analysés. Loin derrière la Belgique, qui trône au sommet du classement, avec un petit écart de 1 %.

Du premier emploi d’été jusqu’au dernier poste en fin de carrière, nous traînons ce manque à gagner comme de vieilles casseroles. À la retraite, nous arrivons moins nanties que nos conjoints, nos frères et nos collègues masculins – avec seulement 80 % du pactole amassé par ces derniers.

Et, faut-il le souligner, « l’écart salarial est pire pour les personnes aux prises avec des obstacles multiples, notamment les femmes racisées, autochtones et handicapées », spécifie la Fondation canadienne des femmes.

J’ai déjà écrit sur le sujet. Mais voilà, je ne me fais pas à l’idée. Je m’indigne encore et toujours devant cette situation. Que pouvons-nous faire pour contrer cette injustice ? Sinon, bien sûr, mieux négocier nos salaires sur une base individuelle.

Il faut remettre l’équité salariale à l’ordre du jour pour qu’elle s’applique partout. Les entreprises doivent faire preuve de transparence en matière de rémunération en dévoilant, par exemple, les échelles de traitement qu’elles offrent à leur personnel. Elles auraient avantage aussi à valoriser les contributions des femmes qui, doit-on le préciser, sont souvent invisibilisées.

Sur le marché du travail, nous sommes perdantes tout le long de notre carrière. La journaliste Vanessa Fontaine a fait enquête (à lire dans notre numéro automne 2023, en kiosque) afin de savoir pourquoi il est si difficile pour une quinquagénaire de trouver un emploi, et ce, malgré la pénurie de main-d’œuvre qui persiste au Québec comme ailleurs.

Le constat de l’une des expertes interviewées fait frémir. Je cite ici Ellie Berger, de l’Université de Nipissing, en Ontario, gérontologue et autrice de l’essai Ageism at Work (Presses de l’Université de Toronto). « Une femme commence à perdre de sa valeur sur le marché du travail dès la quarantaine. On ressent même une pression dès la fin de la trentaine, et surtout à l’approche de la ménopause. Lorsque nous ne pouvons plus enfanter, tout à coup, on nous considère comme vieilles. Professionnellement, la période optimale est donc très courte pour les femmes. » Affligeant, non ?

L’âgisme affecte davantage les salariées féminines que leurs collègues masculins, et ce, dès la quarantaine. Pas étonnant que l’Organisation des Nations unies le qualifie de fléau mondial dans un rapport dévoilé en 2021 : une personne sur deux aurait des attitudes âgistes ! « Tasse-toi, matante ! » résonne encore trop dans les milieux de travail. Les préjugés ont tellement la vie dure…

Les études scientifiques le prouvent pourtant : « l’intelligence, la motivation et la faculté d’apprendre ne déclinent pas » avec l’âge, comme le rapporte ma collègue dans son article. Le jugement de même que la capacité à prendre des décisions et à gérer des conflits s’améliorent même au fil du temps.

Alors, pourquoi les sociétés voudraient-elles se passer des femmes ?

***

Je signe ici mon dernier éditorial. Je quitte en effet Châtelaine après avoir dirigé ce magazine au cours des sept dernières années. Je l’ai fait avec beaucoup de plaisir et d’enthousiasme, en cherchant toujours à offrir des reportages de grande qualité. Je n’y suis pas arrivée seule, évidemment. Puisque, comme on aime le répéter chez Châtelaine , « le magazine est un sport d’équipe ». Merci donc à la plus extraordinaire des équipes ! Merci aux femmes, et aux hommes aussi, qui, au cours de plus d’une décennie où j’y ai œuvré, ont façonné cette publication grâce à leurs idées, leurs savoirs et leur travail acharné. J’ai tant appris à vos côtés.

J’espère que Châtelaine continuera à mettre en avant les combats des Québécoises et à célébrer leurs réussites encore longtemps. Je l’ai dit et je le répète : ce média est unique. Depuis 1960, il accompagne les femmes d’ici dans leur quotidien comme dans leurs aspirations vers l’égalité. Cela a été un honneur d’être au service de lectrices aussi allumées et engagées que vous. Merci du fond du cœur.

En terminant, je suis heureuse de vous faire un cadeau : l’arrivée de Kim Thúy, qui signera désormais la chronique « La dernière page ». Vous aurez, j’en suis persuadée, autant de plaisir à la lire que moi.

Bonne lecture !

Johanne Lauzon, rédactrice en chef

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