Famille tout compris

Merci, les profs!

Remercier les profs une fois par année seulement? Et pourquoi pas tous les jours?

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Du 1er au 7 février 2015, c’est la Semaine des enseignantes et des enseignants (et aussi la Poutine Week, mais je m’égare). Annuellement, à chaque première semaine de février, le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport nous invite à « remercier personnellement chacune et chacun des enseignants de leur engagement en éducation et de leur contribution à la société québécoise. » Personnellement ? Chacune et chacun des milliers de profs du préscolaire à l’universitaire ? Mes cours de mathématiques sont peut-être loin, mais j’estime que c’est une tâche qui prendra plus que sept jours.

Je sais, ce n’est pas une phrase à prendre au pied de la lettre, mais j’ai toujours la même réflexion qui me traverse l’esprit lors de ces semaines de sensibilisation : pourquoi seulement une fois par année ? On ne peut pas soutenir toutes les causes, en tout temps, c’est évident. Mais dans le cas des profs, je crois que la valorisation de leur métier peut et doit s’exprimer au quotidien. S’intéresser à ce qui se passe en classe et considérer le personnel enseignant comme partenaire et non responsable de la réussite de son enfant, ça me semble être un excellent point de départ.

Comprenez-moi bien, je ne veux surtout pas dénigrer cette initiative importante. Recevoir des fleurs, même lorsqu’on s’y attend, ça demeure très plaisant. C’est mieux que rien du tout. Toutefois, un merci spontané est rempli d’une charge positive supplémentaire.

Parlez-en à cette directrice d’une école secondaire de Brownsville, Brooklyn, un quartier où le crime est si omniprésent que les enfants ne jouent pas dehors. Vidal, un des étudiants du Mott Hall Bridges Academy n’a pas attendu la semaine officielle des directeurs et directrices pour lui rendre hommage. Il a simplement répondu aux questions du photographe derrière le très populaire blogue Humans of New York.

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Source: Humans of New York

« Qui t’a le plus influencé dans ta vie ?

Ma directrice, Madame Lopez.

Comment t’a-t-elle influencé?

Lorsqu’on se met dans le trouble, elle ne nous renvoie pas. Elle nous appelle à son bureau et nous explique comment la société s’est bâtie autour de nous. Elle nous dit que chaque fois que quelqu’un abandonne l’école, une nouvelle cellule de prison est construite. Et une fois, elle a demandé à chaque étudiant de se lever, un après l’autre, et elle a dit à chacun de nous que nous étions important. »

Ce qui s’est passé ensuite est simplement fabuleux. Quelques jours plus tard, le photographe est allé rencontrer Madame Lopez qui lui a expliqué le défi colossal qu’elle devait relever à tous les jours. La communauté de Humans of New York a été si touchée par cette histoire qu’une campagne de financement a été lancée pour permettre à tous d’aider d’une façon concrète. Le projet : sortir les élèves de sixième année de Brooklyn, le temps d’un voyage à l’université d’Harvard, un moyen d’élargir leurs horizons, puis d’éveiller en eux leur potentiel et leurs ambitions. Au moment où j’écris ceci, 1 200 000$ ont été amassés. L’objectif initial était de 100 000$. Oh, et ceci est arrivé:

Source: Humans of New York

Source: Humans of New York

Je suis les développements de ce conte de fées du web depuis le début et cet extrait d’un discours de Madame Lopez à ses étudiants illustre parfaitement le pouvoir d’un merci inopiné.

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Source: Humans of New York

« J’ai quelque chose à tous vous avouer. Avant que tout ceci arrive, j’étais près d’abandonner. (…) Et j’ai lu ce que Vidal a dit et j’ai commencé à lire les commentaires. Et les larmes ont commencé à couler sur mon visage. Parce que même si je vous dis que vous êtes importants, jusqu’à ce moment, je ne sentais pas que j’étais importante. »

 

Je m’en voudrais de ne pas profiter de cette occasion, aussi planifiée soit-elle, pour « remercier personnellement » (et publiquement!) deux profs qui m’ont révélée à moi-même.

Merci Réal Fortin de m’avoir initiée au théâtre en secondaire 1 et à un feeling qui m’était alors inconnu, celui d’avoir une voix.

Merci Joanne Lalonde pour ce cours sur l’art cyberféministe, une véritable épiphanie sur l’étudiante en multimédia interactif que j’étais en 2003.

Et si le cœur vous en dit, remerciez vos enseignants inoubliables dans les commentaires, sur les réseaux sociaux ou par courriel, tiens. D’un coup que ça leur ferait le même effet qu’à Madame Lopez.

 

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