L'édito

Courage!

Notre rédactrice en chef adjointe salue l'audace de Mylène Paquette, qui a bravé ses peurs et passé 129 jours seule sur son bateau à rames.

Mylène Paquette

Mylène Paquette

« Courage, ma grande, courage ! » Je dois me répéter ce leitmotiv trois fois par semaine. Cinq, les mois d’hiver. Parce que ça en prend une certaine dose au quotidien. Ne serait-ce que pour se rendre au boulot cinq jours sur sept, dans une mer de voitures paralysées parce qu’un pont est sur le point de flancher ou dans un autobus bondé, les pieds pleins de gadoue.

Du courage, aussi, pour affronter cette tâche rebutante, exprimer son désaccord quand tout le monde pense le contraire, dénoncer l’inacceptable. Une petite dose encore à la maison, pour gérer le gros chagrin de l’ado qui ne se comprend plus ou la colère de ti-boutte qui lance ses carottes parce que lui aussi en a marre de la routine.

Évidemment, par courage, j’entends ici l’autocoup de pied au derrière qui permet de demeurer intègre et de survivre aux jours gris d’un quotidien dont on a soi-même jeté les bases. Rien à voir avec le courage nécessaire pour surmonter des épreuves imposées comme la maladie, un drame, la fatalité.

Mais, je dois l’avouer, je suis totalement fascinée par une autre forme de courage, que j’appellerai ici « c’était-tu nécessaire ? ». Celui où on s’expose délibérément à un danger pour surmonter ses peurs. Je fais donc partie des nombreuses personnes qui ont suivi les péripéties de Mylène Paquette, cette Québécoise devenue la première Nord-Américaine à traverser l’Atlantique à la rame. Je sais, vous l’avez vue et entendue partout, dans les journaux, à Tout le monde en parle, sur je ne sais combien de stations de radio. Maintenant qu’elle a réussi son défi.

J’ai été captivée par son périple bien avant qu’on en connaisse l’issue. Car, au-delà de la force morale et physique dont elle a fait preuve pour tenir le coup, c’est l’audace de se mettre dans une telle situation alors que rien ne l’y prédestinait qui m’impressionne. Imaginez, il n’y a pas si longtemps, la fille n’avait aucune connaissance en navigation, sinon un bref flirt avec la voile. Pire, elle avait peur de l’eau ! Et la voilà quelques années plus tard seule à bord d’un bateau à rames durant 129 jours, sur un océan hostile qui la fera chavirer plusieurs fois et affronter des vagues atteignant 10 mètres de hauteur.

Que s’est-il passé entre les deux ? Quand l’idée tapie dans la section « Projets fous ET irréalistes » de son cerveau est-elle devenue un objectif péremptoire ? Lors d’une rencontre déterminante avec une jeune patiente du CHU Sainte-Justine, où elle travaillait. Cette ado délurée menait le combat de sa vie contre la maladie, combat qu’elle a finalement perdu. Lorsqu’une Mylène pétante de santé lui a dit de ne pas lâcher, la jeune fille lui a balancé de la fermer, car elle ne savait pas ce que c’était, de se battre. Et elle avait raison, admet la principale intéressée. « C’est à cet instant que j’ai décidé d’affronter mes peurs, de les apprivoiser et de les vaincre », a-t-elle confié à La Presse.

Je ne sais pas si j’aurai un jour le courage de faire une Mylène Paquette de moi, de dompter mes plus grandes peurs sans qu’on m’y force. Mais une chose est certaine : elle a ébranlé ma définition du mot impossible.

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