L'édito

Édito : Nous devons combattre l'ignorance

Nous devons nous atteler à la création d'un monde plus inclusif et plus égalitaire dès maintenant, plaide la rédactrice en chef de Châtelaine, Johanne Lauzon.

 

La vie des noir.e.s compte

Photo : Unsplash / Martin Reisch

J ’ouvre mon ordinateur pour écrire cet édito quand j’entends Elisapie Isaac à la radio. Je tends l’oreille : l’artiste inuite parle de l’importance de lutter contre l’ignorance envers les Premières Nations et les Inuits. En plein le sujet que je veux aborder.

Le sort tragique de l’Atikamekw Joyce Echaquan a, selon elle, sensibilisé tous les Québécois à la réalité des Autochtones. « Il y a une réelle envie d’être à l’écoute, une réelle envie d’avoir cette intelligence dans les rapports humains », dit-elle d’une voix compatissante, à ICI Radio-Canada Première.

Nous avons en effet été ébranlés par les gestes racistes commis, ici comme ailleurs, au cours des derniers mois. Tant de peine, de honte et de colère avons-nous ressenti.

Pensons à la mort de l’Afro-Américain George Floyd, étouffé par un policier haineux, et au décès tourmenté de Joyce Echaquan, cette mère de 37 ans de Manawan qui s’est vu insulter par une infirmière sur son lit de mort.

La peine, la honte et la colère. Ces émotions doivent se traduire par une prise de conscience. Nous le savons maintenant et ne pouvons plus le nier : les personnes racisées et autochtones sont victimes de racisme systémique. Au Québec comme aux États-Unis ou en France. Et nous ne pouvons plus plaider l’impuissance.

Notre État de même que toutes nos institutions perpétuent un système conçu par une majorité blanche et masculine. « Le racisme s’inscrit dans une accumulation historique et utilise l’exercice permanent de la puissance et de l’autorité institutionnelles pour entretenir les préjugés et mettre en œuvre (…) à grande échelle les comportements discriminatoires », écrit la sociologue américaine Robin DiAngelo dans son essai Fragilité blanche – Ce racisme que les Blancs ne voient pas (Les Arènes).

Nous sommes pétris de cette culture, qu’on le veuille ou non. Il est souvent difficile de l’admettre puisque cela nous place dans une position fort inconfortable : le mauvais rôle.

« Les préjugés raciaux sont largement inconscients, et c’est là que se trouve la plus grande difficulté : la moindre suggestion de leur existence provoque une réaction défensive. Cette réaction est typique de la fragilité blanche puisqu’elle protège nos préjugés tout en revendiquant notre ouverture d’esprit. Il est évidemment dérangeant d’être confrontés à un aspect de nous-mêmes qui nous déplaît, mais, dans ces cas, comment changer ce que nous refusons de voir ? » précise l’autrice, qui étudie la question du racisme et donne des ateliers sur la diversité en entreprise depuis 20 ans.

Les témoignages des personnes racisées et des peuples des 11 nations autochtones – avec qui nous vivons depuis plus de 400 ans – sont sans équivoque. Écoutons-les. Et surtout, intéressons-nous à eux, à leurs histoires et à leurs cultures : leurs littératures, leurs cinémas de même que leurs musiques. L’équipe de Châtelaine promet d’ailleurs de faire preuve d’encore plus de curiosité à leur endroit.

J’aime penser qu’Elisapie a raison et que notre société est en train de changer. En cette année 2021, je nous souhaite d’œuvrer pour un monde plus égalitaire et plus inclusif.

Johanne Lauzon, rédactrice en chef

Des œuvres à explorer

Un essai.
Ce livre m’a bouleversée et a changé à jamais mon regard sur les communautés noires : Fragilité blanche – Ce racisme que les Blancs ne voient pas, par Robin DiAngelo, aux éditions Les Arènes.

À lire.
Un documentaire. Je ne suis pas votre nègre, du cinéaste haïtien Raoul Peck, nous fait réfléchir au racisme à travers les écrits de l’intellectuel afro-américain James Baldwin et la lutte des grandes figures antiracistes que sont Malcolm X, Martin Luther King et Medgar Evers. Troublant.

Une série télé.
Briser le code, sur le site de Télé-Québec, nous fait réaliser tous les comportements et les attitudes que doivent adopter les femmes et les hommes racisés pour se faire accepter par la majorité.
briserlecode.telequebec.tv

Des poèmes.
Que de réconfort dans les mots de la poète innue Joséphine Bacon. Je termine avec l’un de ses poèmes, paru dans son recueil Bâtons à message, aux éditions Mémoire d’encrier :

« Mon rêve ressemble

À une paix

Qui se bat

Pour sa tranquillité. »